Violences scolaires : les premières mesures de Blanquer pour rassurer les professeurs

Registre d’incidents dans les établissements, conseils de discipline simplifiés, diversification des sanctions… Jean-Michel Blanquer a présenté ce mercredi 31 octobre les premières mesures d’un plan d’action global contre les violences en milieu scolaire, qui sera présenté d’ici le 15 décembre. Pour ce qui relève de la seule Rue de Grenelle, le ministre de l’Education nationale a indiqué que plusieurs dispositifs pourraient être renforcés ou créés dès la rentrée de la Toussaint.

Ces annonces font suite à l’émoi suscité le 20 octobre par une vidéo montrant un lycéen de Créteil braquant une professeure au beau milieu d’une salle de classe, avec une arme factice. Depuis, des centaines de professeurs ont dénoncé sur Twitter, sous le hashtag ironique #Pasdevague, l’absence de réactions de leur hiérarchie face aux violences qu’ils subissent.

Le gouvernement a immédiatement promis des mesures sécuritaires, et un « plan d’action » ambitieux. Le sujet a été abordé mardi en conseil des ministres, mais aucune annonce officielle n’avait été faite ensuite. « L’Obs » fait le point sur les pistes de réflexion déjà évoquées, et les dernières annonces du ministre.

Les premières mesures 

Le ministre a détaillé ce mercredi les mesures purement scolaires prises pour lutter contre les violences à l’école.

  • Un registre pour signaler les incidents

Chaque chef d’établissement devra créer un registre où sera consigné chaque incident prenant place au sein d’un établissement scolaire. Ce répertoire sera le plus souvent numérique. Les membres de la direction des établissements auront l’obligation de répondre à chacun des signalements. 

La parole des professeurs sera mieux prise en compte à l’avenir, promet le ministre. 

« J’accorde plus de crédit à leur parole qu’à celle de l’élève car il y a une présomption de vérité derrière la parole d’un adulte. » 

  • Des conseils de discipline simplifiés

Les conseils de discipline seront simplifiés, le ministre assurant que les directions hésitaient à les convoquer en raison de leur lourdeur administrative. Le délai de convocation – huit jours – et le nombre de participants – 14 personnes – devraient être réduits.

  • Un accompagnement pour porter plainte

Si un incident justifie le dépôt d’une plainte par un professeur auprès des autorités, celui-ci devra obligatoirement être accompagné au poste de police par un membre de la direction.

  • Une période probatoire pour les élèves exclus

Après une exclusion, l’élève concerné fera dès son retour en cours l’objet d’une période de probation d’un mois. Il aura alors l’obligation de prendre rendez-vous chaque jour avec un membre de la direction pour faire le point sur son comportement.

  • Des « sanctions de responsabilisation »

Le ministre souhaite développer les « sanctions de responsabilisation ». Elles ne représentent actuellement que 1% des sanctions prises par les établissements : repeindre un mur tagué par l’élève, rédiger un devoir sur l’homophobie en cas de remarque homophobe, ou même « faire des lignes » lorsqu’un élève réitère les mêmes incivilités – le port d’une casquette au sein de l’établissement par exemple. 

  • Des formations à l’exercice de l’autorité

Des formations à l’exercice de l’autorité seront développées, afin d’être proposées aux professeurs et aux personnels d’encadrement. 

  • Des équipes dédiées aux enjeux de sécurité

Un personnel de direction spécialiste des enjeux de sécurité pourra être nommé dans les établissements qui le « nécessitent ». 

Les autres pistes envisagées

Le gouvernement avait déjà évoqué d’autres pistes pour son futur plan. 

  • Des policiers dans les établissements scolaires

Il ne doit pas y avoir de « tabou » sur la venue de policiers dans les établissements scolaires, pour des missions d’information ponctuelles auprès des élèves, ou en cas d’incidents graves, a déclaré mardi le ministre sur LCI.

« Le but n’est évidemment pas d’avoir des policiers dans chaque établissement de France », mais « pourquoi pas avoir des permanences de policiers dans des établissements difficiles en fonction de ce que demande le chef d’établissement », a ajouté Jean-Michel Blanquer.

Quelque « 6.500 policiers ou gendarmes » sont déjà les « référents » d’établissements scolaires, a quant à lui souligné le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. « Le principe de la permanence, c’est qu’un policier puisse venir à la demande du chef d’établissement pour faire par exemple un diagnostic de sécurité. »

  • Interdiction des téléphones portables au lycée

Jean-Michel Blanquer avait également dit « encourager » l’interdiction du téléphone portable dans les lycées. « A Créteil, on peut se demander si les faits n’ont pas été accomplis pour être filmés et diffusés », avait-il avancé. 

« Notre loi ouvre la possibilité aux lycées d’interdire le portable. Cela n’était pas possible avant. J’encourage ainsi vivement les lycées qui sont confrontés à des faits anormaux à user de ce nouveau droit. »

L. D. (avec AFP)

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181031.OBS4748/violences-scolaires-les-premieres-mesures-de-blanquer-pour-rassurer-les-professeurs.html?xtor=RSS-78
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#PasDeVague : les 3 raisons de la loi du silence à l’école

Avec le hashtag « PasDeVague », né dimanche soir sur Twitter suite à la médiatisation d’une vidéo choc dans laquelle on aperçoit un élève menacer son enseignante avec une arme, des centaines de professeurs dénoncent l’inertie de leur direction face aux violences subies dans leurs classes, par eux-mêmes ou par leurs élèves. L’ensemble des témoignages dépeint des supérieurs qui, au mieux, font la sourde oreille et, au pire, encouragent clairement les professeurs à se taire.

Les premiers accusés s’en défendent, tout en prenant en compte la souffrance exprimée : « Il faut écouter ce malaise. Ces témoignages de professeurs sont à prendre au sérieux. Mais je ne pense pas qu’il existe une vraie politique du ‘pas de vague’ à notre niveau. En réalité, j’ai du mal à voir ce que l’on aurait à y gagner… », analyse Lucie (le prénom a été changé), principale d’un collège en Ardèche qui tient à garder l’anonymat. 

Si la direction de l’établissement n’a rien à y gagner, la consigne viendrait alors d’encore plus haut ? 
« Il n’existe pas de prescription politique délibérée du ‘pas de vague’. S’il y a une volonté d’enfouir des incidents, elle n’émane pas d’une consigne qui viendrait de l’académie et pèserait sur les professeurs ou les chefs d’établissements », tient à préciser Catherine Nave-Bekhti, secrétaire général du Sgen-CFDT. 

Mais alors pourquoi étouffer des incidents, au détriment des enseignants ? Ces derniers émettent trois hypothèses.  

1La réputation de l’établissement

C’est la première raison évoquée par les professeurs qui ont livré à « L’Obs » leurs témoignages : les principaux des collèges et lycées ne feraient pas remonter les problèmes par crainte de voir la cote de leur établissement dégringoler. 

« La carte scolaire est un enjeu fort et les parents redoutent certains établissements », admet la secrétaire général du Sgen. 

« Mais, pour avoir enseigné dans un lycée que l’on appelait ‘Chicago’ [Réputée pour être une des villes les plus dangereuses des Etats-Unis. NDLR], je pense que les chefs d’établissements ont plus intérêt à médiatiser les solutions qu’ils apportent aux problèmes, plutôt qu’à enterrer ces derniers. Sans oublier qu’il est possible de régler des situations compliquées en interne, sans les faire déborder en externe », nuance-t-elle. 

Les établissements privés échappent sûrement encore moins aux qu’en-dira-t-on. Sophie (prénom modifié), qui enseigne la littérature et l’histoire dans un lycée privé sous contrat à Nantes se souvient de la première phrase qu’elle a entendue de la bouche d’un élève : « Tu crois qu’elle suce ? ».

« J’ai aussi une collègue qui a été enfermée dans sa salle après y avoir reçu une bombe lacrymogène. Elle y a perdu l’odorat et le goût, pourtant le chef d’établissement tenait à ce que les faits soient qualifiés d’ ‘incident’ et pas d »agression’… Tout ça pour préserver la réputation de l’école. » 

2 La peur d’être mal jugé

« La première chose que l’on va répondre à un professeur qui se plaint d’une situation ou du comportement d’un élève c’est : ‘Tu ne sais pas gérer ta classe' », explique Samuel (prénom modifié), professeur de lettres modernes et de latin en Occitanie.

Selon lui, exclure un élève de sa classe est parfois perçu par la direction comme un aveu d’échec :

« Alors, on va réintégrer l’élève sans vous consulter et vous répondre que ‘C’est à vous de régler les conflits dans votre classe' ».

Beaucoup d’entre eux peuvent être tentés de s’autocensurer pour ne pas être mis en cause dans leur pratique.

3La volonté d’épargner les élèves

Il y a deux ans, le même Samuel a été victime de harcèlement moral de la part d’une élève de 5e.

« Cette élève me disait : ‘Vous, je ne vous aime pas avec votre voix de gay’. Elle me harcelait verbalement à chaque cours avec des insultes homophobes. J’ai fait plusieurs fiches d’incidents, j’en ai parlé à mes collègues et à ma direction. Le problème a été pris en compte tardivement et l’élève a fini par faire l’objet d’un conseil informel, qui ne lui a valu aucune sanction ».

A l’époque, affirme-t-il, la CPE de son établissement remettait constamment en cause sa parole, au profit de l’élève devenue victime de l’affaire.

« Sous prétexte de déterminisme social – ses insultes homophobes venaient de son milieu social, elle n’était pas jugée responsable – la CPE lui passait tout. Ma parole ne valait pas plus que la sienne. Pourtant, elle dérangeait toute la classe, les autres élèves lui demandaient même de se taire ». 

Eprouvé, Samuel a été obligé de court-circuiter la CPE, en passant directement par le chef de l’établissement. « J’ai fini par dire : ‘c’est elle, ou moi ! ». Il a pu obtenir l’exclusion provisoire de l’élève à son cours.  

Le témoignage de Karin, professeure d’anglais au lycée, fait écho à ce qu’a vécu Samuel.

« Il y a sept ans, j’ai été harcelée par six élèves de ma classe de 3e. Je les punissais pour ne pas avoir rendu un devoir : ils allaient immédiatement se plaindre à la CPE, devenant ainsi des victimes. Je ne sais pas pourquoi, ces élèves étaient ses protégés, alors que depuis la 6e, ils étaient identifiés comme des profils ‘compliqués’. »

Seule face au problème, Karin a fini par craquer et se faire arrêter. Revenue dans son ancien établissement pour corriger les copies du brevet, « c’est là que les langues se sont déliées » : 

« J’ai découvert qu’au moins deux autres collègues avaient vécu la même chose. Ils avaient tenu bon, mais la CPE est toujours restée sourde à leur souffrance. Pourquoi protégeait-elle ainsi ces enfants ? Je n’ai jamais vraiment su ». 

Une des explications plausibles serait la crainte pour un principal de mettre un élève en échec scolaire, voire de devoir lui trouver un nouvel établissement.

« Nous avons un rôle éducatif, une obligation de scolariser les enfants. J’essaie de trouver des mesures éducatives, pas uniquement des sanctions », nous explique Lucie, la principale d’un collège dans l’Ardèche. 

C’est ce qu’a également expliqué le président du Syndicat des chefs d’établissement Philippe Vincent, dans une interview à « L’Obs » :

« Les autorités académiques ne nous y encouragent pas, car en cas d’exclusion d’un élève, il revient au rectorat de lui retrouver une place dans un autre établissement. S’il y en a trop, cela encombre les services académiques, qui craignent d’être débordés par les dossiers ». 

Dans ce cas, il est évidemment très tentant de trouver des « bonnes raisons » aux élèves.

Barbara Krief 

Barbara Krief
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181023.OBS4356/pasdevague-les-3-raisons-de-la-loi-du-silence-a-l-ecole.html?xtor=RSS-78
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Pourquoi les vrais chiffres du brevet des collèges sont inquiétants

Tout le monde ou presque obtient son brevet ? Oui… mais grâce au contrôle continu ! Les 87.1% de collégiens lauréats de la session 2018, (dont 64.5% avec mention) cachent une réalité un peu plus inquiétante. Soit un taux de réussite aux épreuves finales du brevet de tout juste 47% ! C’est ce que révèle ce mercredi 24 octobre  la toute dernière étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), cette instance poil à gratter que le ministre Jean-Michel Blanquer a décidé – hélas – de supprimer.

Dans son « Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Ile-de-France », le Cnesco est allé chercher un indicateur fiable du niveau des élèves en fin de 3e. Il a donc collationné les résultats bruts du brevet – que tout le monde connaît, et qui prennent en compte le contrôle continu à 50% – et ceux, jamais publiés, de l’examen à proprement parler, composé d’un oral et de quatre épreuves de maths, de français, de sciences et d’histoire-géo.

Schizophrénie

Et surprise : ces résultats ne coïncident aucunement ! Alors que le taux de réussite du brevet en Ile-de-France est officiellement de 87.3% (chiffres 2017), les candidats de l’enseignement public obtenant la moyenne aux épreuves terminales ne sont que 42.8% ! Ce qui témoigne, au choix, du peu d’implication des élèves dans cet examen sans enjeu ou de la schizophrénie des enseignants, capables de noter sèchement des copies anonymes, tout en surnotant leurs propres élèves tout au long de l’année.

Les chiffres du Cnesco, qui a opéré une analyse très fine des résultats, collège par collège, indiquent par ailleurs que les performances et les pratiques de notation varient considérablement selon les établissements. Si le contrôle continu ne permettait pas de redresser les notes, le taux de réussite aux épreuves atteindrait 57% dans les collèges favorisés de Paris ou des Hauts-de-Seine (ce qui est déjà très peu…), mais ne dépasserait pas 25% dans les territoires les plus défavorisés : 23% dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, 21% en Essonne, 19% dans le Val-d’Oise et même 15% dans les Yvelines !

Des élèves « redressés »

Est-ce à dire que 85% des jeunes habitants de Trappes, Mantes ou les Mureaux ne maîtrisent pas les connaissances et compétences de base du socle commun ? Non, puisque le contrôle continu permet de rattraper miraculeusement les choses.

Dans les territoires les plus défavorisés d’Ile-de-France, le taux de réussite au brevet, une fois l’ensemble des notes prises en compte, atteint ainsi les 83%. Cela représente un de bond de 60 points par rapport à la proportion d’élèves obtenant la moyenne aux épreuves ! Les élèves des banlieues favorisées, eux, ne sont redressés « que » de 38 points (90% de réussite au brevet pour 52% de réussite aux épreuves).

Et c’est ainsi que l’Education nationale, sans traiter au fond la question des inégalités scolaires au collège, parvient à produire chaque année un examen égalitaire. Abracadabra !

Gurvan Le Guellec

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181023.OBS4376/comment-on-redresse-les-copies-pour-booster-la-reussite-au-brevet-des-colleges.html?xtor=RSS-78
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Pas de vague : « Avant d’organiser un conseil de discipline, on y réfléchit à deux fois »

Depuis le week-end dernier, près de 20.000 messages comprenant le hashtag #PasDeVague ont été postés sur Twitter par des enseignants. 

Ces messages réagissaient à la vidéo d’une enseignante menacée par un élève avec une arme factice au lycée Edouard-Branly de Créteil, ils racontent les agressions verbales et physiques dont ils sont victimes et leur sentiment d’abandon par une hiérarchie qui préfère, disent-ils, fermer les yeux plutôt que les défendre et les protéger. Dans la foulée, Jean-Michel Blanquer a annoncé la réunion d’un « comité stratégique » et promis un « plan d’actions ambitieux » contre les violences visant les enseignants. Qu’en pensent les chefs d’établissements, principaux de collèges et proviseurs de lycées, qui sont directement ciblés par les enseignants ? Réponse de Philippe Vincent, président sur SNPDEN (le syndicat des personnels de direction de l’Education nationale).  

Avec le hashtag #pasdevague, les enseignants mettent en cause les chefs d’établissement, qui seraient tentés d’étouffer les violences et insultes dont ils sont victimes. Comment réagissez-vous ?

Je suis partagé. D’un côté, ce hashtag met en évidence des situations dont on se demande pourquoi elles n’ont pas été suivies de sanctions, au regard de la gravité des faits rapportés et compte tenu de l’arsenal juridique dont on dispose. Mais j’ai parallèlement le sentiment d’un déballage qui met en cause tout le monde, avec souvent une méconnaissance des règles élémentaires du droit, notamment le respect du principe contradictoire.

Quel est « l’arsenal juridique » dont disposent les chefs d’établissement face aux élèves violents ?

Il y a d’abord ce que j’appellerai la justice scolaire. Le code de l’Education dit que nous sommes tenus d’engager une procédure disciplinaire dans certains cas, quand il y a insultes par exemple, et d’organiser un conseil de discipline quand il y a atteinte physique ou menace claire d’atteinte physique à la personne. La mise en route d’un conseil de discipline est une décision du chef d’établissement, selon l’appréciation qu’il fait de la situation et le contexte de l’établissement. En parallèle de cette justice scolaire, il peut y avoir le dépôt de plainte, qui peut aboutir, selon le Code pénal, à une condamnation de six mois d’emprisonnement assortis d’une amende pour atteinte à une personne en mission de service public.

Les chefs d’établissement sont accusés de minimiser les problèmes. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que depuis vingt ans, les autorités académiques nous ont plutôt enjoint de limiter le recours aux procédures disciplinaires, aux conseils de discipline et aux expulsions définitives. Jean-Michel Blanquer lui-même l’a reconnu : il y avait jusqu’ici une doxa courante nous incitant à calmer notre allant. Deux explications à cela. D’une part, l’existence d’une pensée dominante, valorisant le dialogue, la recherche de compromis, plutôt que la sanction. Elle n’était liée ni à un ministre en particulier ni à un bord politique. Mais c’est à cela que fait référence Jean-Michel Blanquer lorsqu’il dit qu’on a levé le pied [Le ministre de l’Education nationale dit dans « le Parisien » : « Trop longtemps on a considéré que leur nombre était le reflet de la qualité de l’établissement, au risque de mettre des événements sous le tapis », NDLR]. Il nous invite désormais à recourir au conseil de discipline « dès que nécessaire ». Nous avons senti ces derniers jours une inflexion nette en la matière.

Pensez-vous que cela va vraiment changer la situation sur le terrain ? Il y a visiblement d’autres freins…

Les chefs d’établissement seront peut-être moins rétifs désormais à l’idée d’engager un conseil de discipline. Mais il n’y en aura jamais par dizaines. Il faut raison garder. L’organisation d’un conseil de discipline est une démarche très lourde. Il faut écrire un rapport, réunir 13 personnes – des représentants de l’administration, de la collectivité territoriale, du personnel, des parents, des élèves – ou au moins 7 pour avoir le quorum… On y réfléchit à deux fois. Sans compter que ce sont des épreuves dures à vivre pour tout le monde, on se demande toujours si on a pris la bonne décision, certains élèves et parents en sortent très éprouvés. N’imaginez pas que c’est facile.

A part « la doxa » que vous évoquez, quels sont les autres freins aux conseils de discipline ?

Les autorités académiques ne nous y encouragent pas car en cas d’exclusion d’un élève, il revient au rectorat de lui retrouver une place dans un autre établissement. S’il y en a trop, cela encombre les services académiques, qui craignent d’être débordés par les dossiers.

Les chefs d’établissement sont aussi soupçonnés de protéger leur propre carrière et la réputation de leur établissement.

Là c’est un fantasme absolu ! Nous avons un système de rémunération variable qui peut atteindre 1.850 euros tous les trois ans, versés en rémunération, à l’issue d’un entretien professionnel. Nous sommes évalués sur notre capacité à atteindre les objectifs énoncés dans notre lettre de mission. Il peut y figurer « l’amélioration du climat scolaire », mais on n’entre pas dans le détail du nombre de procédures disciplinaires ou de conseil de discipline. Il n’est pas non plus question de points, il s’agit là d’un barème utilisé pour les enseignants mais pas pour les chefs d’établissement.

En ce qui concerne la réputation enfin : les phénomènes de violence comme celui de Créteil sont soudains, plus fréquents il est vrai dans les établissements plus difficiles, mais personne n’est à l’abri d’un élève qui pique une crise, quelle que soit la sociologie de l’établissement. Je suis proviseur à Marseille d’un lycée polyvalent calme, et j’ai dû faire un conseil de discipline en septembre en raison d’une bagarre entre deux élèves, partie d’un échange de regards dans le bus… L’an dernier, j’ai fait deux conseils de discipline, l’un en raison d’une bagarre entre élèves, l’autre parce qu’un élève a envoyé un produit ménager dans les yeux d’un enseignant. Il a été exclu.

Les enseignants sont-ils selon vous suffisamment formés pour prévenir et faire face à d’éventuelles agressions ?

Il est évident que la formation permanente est insuffisante dans l’Education nationale, et que nous avons particulièrement peu de moyens pour accompagner des enseignants usés par dix ou quinze ans de métier. Chaque académie fait le choix des formations qu’elle offre aux enseignants, souvent sans s’interroger sur leurs besoins. Les plans de formation sont élaborés en circuit fermé et très orientés sur la didactique, la discipline, pas assez sur la gestion de classe. Il existe il est vrai des cellules d’accompagnement de carrière et d’aide à la reconversion dans certaines académies. A Aix-Marseille, nous avons un module de gestion de classe en formation continue, ainsi qu’une possibilité de tutorat d’un collègue par un autre, de façon très encadrée. Mais nous pourrions être mieux outillés.  

Propos recueillis par Morgane Bertrand

Morgane Bertrand
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181023.OBS4365/pas-de-vague-avant-d-organiser-un-conseil-de-discipline-on-y-reflechit-a-deux-fois.html?xtor=RSS-78
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« J’aurais aimé être soutenue » : face aux violences, des profs expriment leur désarroi sur Twitter

Ne pas réagir, faire le moins de bruit possible. C’est apparemment une consigne que les professeurs de l’Education nationale ne connaissent que trop bien. Depuis dimanche 21 octobre, des centaines d’entre eux dénoncent sur Twitter, sous le hashtag ironique #pasdevague, l’absence de réactions de leur hiérarchie face aux violences qu’ils subissent.

Les témoignages font écho à la vidéo partagée sur les réseaux sociaux d’un élève en train de braquer sa professeure avec une arme factice dans un lycée de Créteil. Il a été mis en examen dimanche soir pour « violences aggravées » et remis en liberté avec des mesures de contraintes provisoires.

« Déjà il vient en cours, on ne va pas le sanctionner »

Sur Twitter, plus de 35.000 posts mentionnant le mot clef « pas de vague »  ont été dénombrés ce lundi par le cabinet Visibrain. « Un élève a jeté sur moi une de ses petites camarades qui s’était assise à sa place. Nous sommes tombées toutes les deux, j’étais enceinte. Le principal : déjà, il vient en cours, c’est une victoire, on ne va pas le sanctionner, » raconte une professeure.

Violences physiques, insultes, « drague » déplacée… Le motif des témoignages est partout le même. Mais davantage que les faits évoqués, c’est l’immobilisme voire l’ignorance volontaire des établissements scolaires que les enseignants fustigent. « ‘Tes cours c’est de la merde’, je te tutoie si je veux arrête de te prendre pour François Hollande’, ‘vazi j’ai compris ton vice là !’ …. Réponse de ma directrice de Segpa: ‘mmeB, ce n’est pas contre vous personnellement. Prenez de la distance’ « 

Et quand la plainte du professeur est prise en compte, certains pointent du doigt le laxisme des sanctions.

« On a les élèves qu’on mérite »

Jenny Lartaud, 28 ans, professeur de français dans un collège d’Alsace, fait partie des profs ayant partagé son expérience sur Twitter. « On vit des agressions verbales régulières, mais on est obligé de continuer d’enseigner », dit-elle à l’AFP. Elle raconte avoir été « testée » il y a deux ans par sa classe de 4e, pendant six mois. « Je leur ai proposé, pendant une heure de cours, de me dire ce qui ne se passait pas bien, selon eux, explique-t-elle. Je n’aurais pas dû : ils se sont lâchés et j’ai entendu les pires ignominies. »

Elle écrit alors un rapport à sa hiérarchie : « le principal adjoint m’a convoquée, je n’étais pas seule, mais malgré des courriers faits aux parents, malgré quelques exclusions, les élèves ont continué ». Selon elle, de nombreux profs préfèrent faire « comme si tout allait bien, pour ne pas qu’on dise d’eux qu’ils sont de mauvais enseignants ».

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et Christophe Castaner, qui vient d’être nommé place Beauvau avec l’ambition affichée d’une politique de fermeté, ont annoncé la réunion d’un « comité stratégique » pour un « plan d’action ambitieux » contre les violences visant les enseignants.

L.D. avec AFP

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181022.OBS4297/j-aurais-aime-etre-soutenue-face-aux-violences-des-profs-expriment-leur-desarroi-sur-twitter.html?xtor=RSS-78
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Professeur braquée par un élève : Blanquer encourage les lycées à interdire les portables

Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer « encourage » l’interdiction du téléphone portable dans les lycées après la diffusion d’une vidéo montrant un élève en train de de braquer sa professeure avec une arme factice à Créteil, dans un entretien avec « Le Parisien » lundi.

« Notre loi ouvre la possibilité aux lycées d’interdire le portable. Cela n’était pas possible avant. J’encourage ainsi vivement les lycées qui sont confrontés à des faits anomaux à user de ce nouveau droit », a déclaré le ministre.

Le braquage au lycée Edouard-Branly de Créteil « montre à quel point nous avons eu raison de systématiser l’interdiction du téléphone à l’école et au collège » grâce à la loi du 3 août 2018, a rappelé Jean-Michel Blanquer.

« A Créteil, on peut se demander si les faits n’ont pas été accomplis pour être filmés et diffusés »

Mis en examen pour « violences aggravées »

La vidéo relayée sur les réseaux sociaux, qui a suscité au cours du week-end de nombreuses réactions politiques, montre un adolescent debout dans une salle de classe, brandissant un pistolet près du visage de l’enseignante tout en lui demandant de l’inscrire « présent » au cours. Arrivé en retard, il contestait que l’enseignante le note comme absent.

L’élève, qui aura 16 ans le mois prochain, a été mis en examen dimanche soir pour « violences aggravées » et remis en liberté avec des mesures de contraintes provisoires, a indiqué le parquet de Créteil. Il sera jugé ultérieurement par un juge des enfants.

Des poursuites ont aussi été engagées contre X pour l’enregistrement et la diffusion de la vidéo, dont l’auteur n’avait pas encore été identifié dimanche, a indiqué le parquet

« Aujourd’hui, les réseaux sociaux amplifient la tentation d’imiter les choses vues à la télévision ou sur Internet. Ils encouragent également des élèves qui se croient malins d’organiser des faits avec pour motivation de les diffuser », a observé le ministre. « Nous devons nous battre contre cela. »

Dimanche, Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner, qui vient d’être nommé place Beauvau avec l’ambition affichée d’une politique de fermeté, avaient annoncé la réunion d’un « comité stratégique » pour un « plan d’actions ambitieux » contre les violences visant les enseignants.

Dans un communiqué commun, les deux ministres avaient condamné « les menaces et avanies » subies par l’enseignante ainsi que la diffusion de la vidéo, où le visage de l’enseignante n’est pas flouté.

(Avec AFP)

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181022.OBS4260/professeur-braquee-par-un-eleve-blanquer-encourage-les-lycees-a-interdire-les-telephones-portables.html?xtor=RSS-78
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La Cour des Comptes programme la fin des ZEP… avant que le gouvernement ne le fasse ?

20% des élèves français scolarisés entre la petite section et la 3e, et surtout un budget de 1,4 milliard d’euros pour des effets quasi nuls sur les inégalités scolaires. La Cour des Comptes, gardienne intraitable – et parfois un peu idéologue – des deniers publics, devait bien un jour ou l’autre s’intéresser en longueur à l’éducation prioritaire, cette excroissance du mammouth Education nationale, dernier vestige du volontarisme social de 1981.

Elle y consacre un rapport très fouillé de 120 pages, qui valide les orientations prises par le ministère de l’Education nationale en la matière – priorité au primaire avec le dédoublement des CP-CE1, mise en place d’évaluations standardisées pour juger de l’efficacité des euros dépensés –, tout en appelant à un traitement social différent de la difficulté scolaire. S’intéressant moins aux territoires qu’aux élèves. Et impliquant l’ensemble du système éducatif français, c’est-à-dire le public comme le privé. Shocking ?

En finir avec le traitement purement territorial de la difficulté scolaire

L’éducation prioritaire est une politique territoriale. C’est-à-dire qu’au lieu de cibler directement les élèves, elle s’adresse à des écoles et collèges classés par catégories – les défavorisés en « réseaux d’éducation prioritaire » (REP) et les très défavorisés en « réseaux d’éducation prioritaire renforcée » (REP+). Qu’y gagnent-ils ? Des primes incitatives pour leurs enseignants, mais également une politique RH généreuse permettant de réduire les effectifs en classe et de mieux accompagner individuellement les élèves.

Cette politique territoriale, on le sait depuis longtemps, pose de nombreux problèmes. Elle ne permet pas de toucher les 70% d’élèves défavorisés scolarisés en dehors des sacrosaints réseaux. Elle est particulièrement dommageable pour les établissements situés juste au-dessus des seuils, qui ne disposent d’aucune aide spécifique alors que leurs publics sont souvent fragiles. Et elle a enfin un fort effet stigmatisant. Les familles de classe moyenne et les… enseignants expérimentés ont pris la mauvaise habitude d’éviter le label REP. Ce qui pourrait expliquer l’impact quasi nul – sinon négatif – du dispositif en termes de résorption des inégalités, confirmé par les récentes évaluations nationales de 6e.

Collèges « ghettos » : comment Paris est devenue une ville d’apartheid

Avoir l’élève défavorisé comme seule cible

Ayant dressé ce constat, la Cour milite pour une remise à plat des mécanismes budgétaires fondant l’éducation prioritaire. Il ne s’agirait plus d’attribuer des moyens extraordinaires sur la base d’un label figé, mais de moduler les dotations de chaque établissement (qu’il soit en REP ou non) en fonction d’un « indice synthétique de difficulté », prenant en compte le niveau scolaire et le profil social des élèves. Seule une minorité de collèges et écoles lourdement ségrégués conserveraient un bonus spécifique.

Cette proposition, symboliquement, est osée, puisqu’elle revient à acter la disparition de l’éducation prioritaire en tant qu’entité au sein de l’Education nationale. Mais elle était déjà en germe, de manière moins aboutie, dans de nombreux travaux de chercheurs ou d’observateurs avisés du système scolaire. On la retrouvait ainsi dans le rapport du Cnesco sur les inégalités scolaires en septembre 2016, dans les « 10 propositions pour l’école » du sociologue François Dubet, très écouté par la gauche enseignante, ou dans les écrits de… Jean-Michel Blanquer.

Hasard ou coïncidence, le ministre de l’Education nationale vient d’ailleurs de confier une mission sur les « politiques éducatives et les territoires » à son ami Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences-Po Lille et à l’inspectrice générale Ariane Azema. Lors de la présentation de cette mission, le ministre a souligné que « la situation binaire » – être ou ne pas être en REP – dans laquelle nous nous trouvons n’était pas tenable, et a réclamé « un changement de paradigme ». Reste que définir ce paradigme est loin d’être simple. Comment indemniser les enseignants, comment décider de baisser plus ou moins les effectifs, sans avoir de base réglementaire pour le faire ?

Et pour le reste, faire du Blanquer, en renforcé

Pourquoi l’éducation prioritaire dysfonctionne ? Parce qu’elle n’est pas assez évaluée et concentre trop de moyens sur le collège, alors que « les écarts de compétences et de connaissances sont déjà acquis à l’entrée en 6e », répond la Cour des Comptes. Sur ces points, les sages sont entièrement en phase avec le ministre. A moins que ce ne soit le contraire ! Ils préconisent ainsi de continuer la politique de dédoublement de classes en CP-CE1, en l’étendant même à la grande section ou au CE2 dans les écoles « concentrant de manière aiguë les difficultés sociales et scolaires » (ce qui restera des REP+). Et prônent une multiplication de tests – « à l’entrée et à la sortie de chaque année » – qui devraient ravir les opposants aux évaluations de CP, CE1 et 6e mises en place par Jean-Michel Blanquer.

A Nantes, dans une école REP+ : « 12 élèves par classe, ça paraît à peine croyable »

Même concordance de vue entre les rues de Grenelle et Cambon sur le sujet houleux de l’autonomie des établissements. La Cour préconise la création d’ »établissements publics de réseau », regroupant collèges et écoles d’un même secteur. Ces réseaux, pilotés par les principaux des collèges, pourraient librement disposer du budget de fonctionnement fixé par l’ »indice synthétique de difficulté » susmentionné, et donc répartir les gratifications (classes à petits effectifs, valorisation des enseignants les plus impliqués) au plus près des besoins. Ils pourraient également se voir allouer des moyens supplémentaires conditionnés par la réalisation de projets, dont l’impact sur les apprentissages aurait été dûment évalué – on y revient.

Quid de l’attractivité de ces « établissements de réseau » auprès du personnel enseignant ? La Cour considère que les nouvelles incitations financières, notamment la prime au mérite collectif annoncée par le ministère en juillet, et… la mise en œuvre de ses propres préconisations, permettront de redorer le blason de l’éducation prioritaire, de développer les postes à profils – recrutés directement par le chef d’établissement, comme le souhaite Jean-Michel Blanquer. Elle a toutefois entendu les syndicats et préconise un « droit au retour à l’affectation d’origine » pour des professeurs expérimentés venant relever le challenge par intérêt professionnel… ou financier.

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Ne pas oublier la mixité sociale et l’école privée dans cette affaire

On n’attendait pas forcément la Cour sur ce sujet-là. Même s’ils n’en font pas un point saillant, les sages soulignent que la mixité sociale constitue une « condition préalable non tenue » de toute réforme. Car, non seulement les politiques urbaines des années 1960 à 1980 ont fracturé les territoires urbains. Mais les phénomènes d’évitement des collèges REP et REP+ sont tels que la « ségrégation scolaire y est deux fois plus marquée que la ségrégation résidentielle ».

Sur cette question, qui prend de front son électorat, Jean-Michel Blanquer fait preuve d’une extrême prudence, se contentant de prôner un renforcement de l’offre éducative (options valorisantes, classes d’excellence…) des établissements les plus contournés. La Cour affirme explicitement que cela ne suffit pas.

Elle met en avant les secteurs multicollèges (rapprochement de deux collèges, l’un favorisé, l’autre défavorisé) actuellement expérimentés dans la capitale. Et ose aborder la question très sensible de l’enseignement libre, financé par le contribuable, mais non assujetti à la carte scolaire. Elle estime en effet qu’ »aucune réforme ne parviendra à limiter les inégalités scolaires si les établissements privés sous contrat ne sont pas associés au processus, au travers, par exemple, d’un dialogue de gestion adapté favorisant un accroissement de la diversité sociale de leurs élèves ».

Fermer le collège « ghetto », une solution radicale contre les inégalités scolaires

Une utopie ? Pierre Mathiot, qui passe pour le cerveau gauche du ministre, a évoqué cette piste, de manière encore plus directe, dans une interview à l’agence AEF :

« Je crois que nous n’agirons qu’à la marge si nous ne prenons pas en compte la question de l’enseignement privé. Cela pourrait avoir du sens par exemple de lier les subventions qui lui sont versées à la question de la mixité sociale. »

L’ouverture d’un nouveau front ?

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181017.OBS4054/la-cour-des-comptes-programme-la-fin-des-zep-avant-que-le-gouvernement-ne-le-fasse.html?xtor=RSS-78
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Evaluations en CP – CE1 : Blanquer donne les premiers résultats

Près d’un élève de CE1 sur deux a des « difficultés » en calcul mental, affirme le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer dans un entretien à « 20 Minutes », où il livre les premiers résultats des évaluations controversées menées dans les écoles.

Très critiquées par les syndicats d’enseignants, ces évaluations en français et en mathématiques ont été lancées le 17 septembre pour plus de 1,6 million d’écoliers de CP et CE1.

Evaluations de CP – CE1 : « Nous refusons que des enfants soient étiquetés sur la foi d’un test »

Selon des résultats provisoires, « 23% des élèves en début de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu’elles produisent » et « 8% ont des difficultés à reconnaître les nombres dictés », indique le ministre au quotidien gratuit, dans un entretien diffusé dimanche. Il poursuit :

« Concernant les élèves en début de CE1, 30% lisent moins de 30 mots par minute, alors que l’objectif national est de 50 mots. Un élève sur deux (49%) a des difficultés en calcul mental et 47% ont des soucis pour résoudre des problèmes. »

Pour le ministre, des « difficultés sociales et familiales peuvent expliquer certains retards, notamment dans le langage ». « C’est à l’école d’apporter à cet enfant ce que sa famille n’a pas pu lui donner. On ne doit laisser aucun élève de côté », argue-t-il.

Des tests angoissants ?

Répondant aux reproches de certains syndicats sur l’efficacité de ces tests et le risque qu’ils stressent les écoliers, le ministre assure qu’ils sont « un levier pour leur réussite ». « Ils n’ont pas été créés pour faire échouer les élèves, mais dans un esprit de bienveillance », insiste Jean-Michel Blanquer. Ne pas répondre à toutes les questions n’est « pas un signe d’échec », affirme-t-il.

Le ministre de l’Education présente par ailleurs lundi au conseil supérieur de l’Education un projet de loi, qui vise notamment à rendre la scolarité obligatoire dès l’âge de trois ans à la rentrée 2019, contre six actuellement.

(Avec AFP)

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181015.OBS3921/evaluations-en-cp-ce1-blanquer-donne-les-premiers-resultats.html?xtor=RSS-78
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Le putsch de Blanquer : quand le ministre évaluateur se soustrait aux évaluations

Le Cnesco n’est plus. Le Cnes-quoi ? Le Cnesco, conseil national d’évaluation du système scolaire. Un énième comité Théodule ? Non, une instance créée sous François Hollande en 2013 et qui jusque-là avait réussi par miracle à résister à la tornade blanquérienne.

Et, pour cause, le Cnesco avait bien des qualités. C’était une instance impartiale chargée d’évaluer les politiques scolaires en s’appuyant sur l’ensemble de la communauté scientifique – toutes les chapelles des sciences de l’éducation, souvent antagoniques, y avaient voix au chapitre. Et c’était une instance démocratique, confrontant les préconisations des chercheurs au regard des profs et des parents à travers l’exercice rafraîchissant, et inédit en France, de grandes conférences de consensus.

Le Cnesco n’avaient (presque) que des amis. Les journalistes d’abord qui y dénichaient une mine d’informations. Les personnels enseignants – du moins les plus curieux – qui y trouvaient un retour critique sur leurs pratiques. Les syndicats qui prenaient acte de ses conclusions, malgré des bulletins de notes parfois sévères pour leurs ouailles. Les parlementaires, à l’instar du député PS Régis Juanico et de sa collègue LREM Marie Tamarelle-Verhaege qui, fin septembre, dans leur « rapport sur l’organisation de la fonction d’évaluation du système éducatif », demandaient que l’on étende les missions de cette « instance productive, indépendante et transparente ». Le ministre de l’Education nationale, enfin, qui, en public du moins, ne tarissait pas d’éloges pour ce conseil, qui, « à ses yeux, avait bien fait ses preuves ».

Las, il faut croire que les preuves ne suffisent plus pour convaincre, rue de Grenelle. Le projet de loi « pour une école de la confiance », sorte de véhicule fourre-tout par lequel Jean-Michel Blanquer souhaite faire valider les évolutions législatives nécessitées par ses nombreuses réformes, prévoit en effet la suppression pure et simple du Cnesco remplacé par un « Conseil d’évaluation de l’école » (CEE), nouvellement créé.

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Bon soldat

L’apparition de cette instance n’a rien de surprenant. Le ministre avait annoncé dans nos pages sa volonté de mettre en place une agence d’évaluation des établissements scolaires – une promesse de campagne du candidat Macron – et le Cnesco, organe de pilotage davantage que de contrôle, n’était pas calibré pour cela. Mais que cette nouvelle instance se substitue au conseil, là personne ne l’avait vu venir. Pas même les équipes dudit Cnesco, qui cet été se réjouissaient d’avoir obtenu des arbitrages budgétaires garantissant la pérennité de leur action.

Alors certes, le ministère a vaguement cherché à préserver les formes. La nouvelle instance sera bien « chargée d’évaluer en toute indépendance l’organisation et les résultats de l’enseignement scolaire ». Mais, dans le détail du texte, tout indique le contraire. Non seulement, le nouveau conseil ne pourra plus s’auto-saisir, et devra faire valider son programme de travail par le ministre, mais il devra se contenter d’ »établir une synthèse des différents travaux d’évaluation », et « veiller à leur cohérence », au lieu de produire ses propres évaluations. Autrement dit, il n’aura d’autres choix que de s’appuyer sur les rapports maison produits par les fonctionnaires de l’Inspection générale ou de la Direction de l’évaluation (DEPP). Un gage de sérieux sans nul doute, mais sûrement pas d’impertinence!

On notera également que le nouveau CEE, quand il ne s’occupera pas d’évaluer les établissements (ou plus exactement de fixer le « cadre méthodologique » et « les outils » desdites évaluations, les services du ministère se chargeant de leur réalisation), pourra s’intéresser aux « acquis des élèves » et aux « dispositifs éducatifs » (soit des politiques ciblées comme le programme Devoirs faits ou les CP à 12 élèves), mais pas aux grandes politiques éducatives à fort potentiel polémique comme la réforme du bac ou Parcoursup.

Enfin, les garanties d’indépendance de la nouvelle instance sont plus que fragiles. Alors que le Cnesco était composé de quatre parlementaires (ce qui permettait une représentation transpartisane des élus), de deux membres du Conseil économique et sociale et de huit personnalités extérieures nommées pour six ans (donc pouvant être d’un bord opposé à celui du ministre en poste), le CEE sera lui piloté par quatre représentants du ministère, quatre personnalités (nommées seulement pour trois ans, moins qu’une mandature) et par deux parlementaires. Soit a priori une majorité d’individus assujettis au ministre.

Science de l’enseignement

Le message envoyé est quand même curieux. Alors qu’en cette rentrée scolaire Jean-Michel Blanquer s’attelle à mettre en place des évaluations tous azimuts – des élèves, des profs, des établissements – et qu’il assume hardiment cette politique au nom de la « vérité » due aux usagers et aux citoyens, notre ministre semble vouloir se soustraire à toute évaluation indépendante, si ce n’est celle de son patron, Emmanuel Macron, qui, on le sait désormais, fait de lui le parangon du parfait ministre.

Comment expliquer cette discrète pulsion putschiste ? On avait bien noté que Jean-Michel Blanquer, derrière ses louanges de façade, faisaient bien peu de cas des travaux publiés par le Cnesco depuis son arrivée (sur le décrochage scolaire, l’apprentissage de l’écriture, si déficient en France…). On se doutait bien que l’intérêt du Conseil pour la dimension sociale et redistributive des politiques éducatives pouvait le perturber – fin 2016, un rapport très médiatisé sur les inégalités scolaires avait déjà mis à mal sa prédécesseure Najat Vallaud-Belkacem, pourtant plus allante que lui sur les questions de mixité sociale. Mais, on n’avait peut-être pas mesuré combien le ministre de l’Education nationale, politiquement et intellectuellement, avait choisi son camp.

Rue de Grenelle, il se dit que le Cnesco et ses 250 chercheurs associés – dont beaucoup de sociologues spécialistes des pratiques enseignantes, n’avaient plus vraiment leur place dans « l’écosystème du ministère ». Pour « évaluer le système à la lumière de la recherche internationale », le ministre dispose en effet d’un conseil scientifique depuis le début de l’année.

Ce conseil piloté par son ami Stanislas Dehaene, professeur au collège de France, réunit essentiellement des neuroscientistes et des statisticiens quantitativistes. Tous partagent la conviction qu’il est possible d’en finir avec l’échec scolaire en promouvant une « science de l’enseignement » s’appuyant sur l’étude du cerveau, et corroborée par de grandes enquêtes portant sur des milliers d’élèves.

« On ne peut plus se contenter de vagues intuitions et d’observations parcellaires du terrain », nous confiait récemment un de ses membres, défenseur acharné d’une approche intensive et mécanique de l’apprentissage de la lecture (le fameux b.a.-ba), comme elle se pratique, avec grand succès paraît-il, dans les pays anglo-saxons. Cela tombe bien : c’est aussi la conviction du ministre. Pas de contradictions possibles donc. Reste à s’assurer que cette « science de l’enseignement » puisse être déclinée dans les classes. Le CNESCO, ses didacticiens et ses nombreux passeurs dans le corps enseignant auraient pu amener un regard in vivo. Le ministre a préféré s’en priver. Et éviter les débats. Est-ce le meilleur moyen de s’assurer des jours tranquilles ? Ce n’est pas certain. Une vague intuition issue d’une observation parcellaire du terrain…

Gurvan Le Guellec

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181012.OBS3883/le-putsch-de-blanquer-quand-le-ministre-evaluateur-se-soustrait-aux-evaluations.html?xtor=RSS-78
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Avec ce manuel, les collégiens étudient des textes exclusivement écrits par des femmes

Les enseignants du collège n’ont plus d’excuse ! Depuis cette rentrée scolaire, ils ont à leur disposition un guide de l’enseignement du programme littéraire de la 6e à la 3e qui s’appuie uniquement sur des textes écrits… par des femmes.

« Des femmes en littérature » (Ed. Belin éducation et des Femmes Antoinette Fouque) rend (enfin) justice aux auteures, en publiant des extraits de texte de 100 romancières, poétesses, penseuses et dramaturges. Elles qui sont d’ordinaire les grandes oubliées des ressources pédagogiques. La preuve : il aura fallu attendre 2017 pour qu’un texte de femme soit inscrit au programme du baccalauréat littéraire et 2018 pour qu’un tel ouvrage soit édité. 

Frankenstein et Zaha Hadid

Construit à huit mains de femmes, ce guide pédagogique a mis près de deux ans à voir le jour, nous confie une des co-auteures Michèle Idels, co-directrice des éditions des femmes-Antoinette Fouque.

« Dictionnaire universel des créatrices » : la place des grandes femmes

A-t-il été difficile de trouver des dizaines de textes écrits par des femmes et dignes d’être étudiés ? Pas le moins du monde. C’est même l’inverse ! Il a fallu faire des choix parfois cornéliens, nous explique t-on. D’ailleurs, c’est à une femme qu’est attribué le premier texte de la littérature mondiale : la poétesse et scribe mésopotamienne En-Hedu-Ana, au XXIIIe siècle avant J.-C.. Quant à « Frankenstein ou le Prométhée moderne », il est publié anonymement en 1818 par une femme de 19 ans : Mary Shelley. L’ouvrage regorge de ces précisions qui combleront des lacunes entretenues par des siècles de manuels scolaires trustés par les hommes. 

Les séquences, composées de cinq textes, s’ouvrent d’abord sur le portrait d’une femme, pas nécessairement écrivaine, dont l’histoire mérite d’être connue. On y croise l’exploratrice Alexandra David-Néel, la féministe Olympe de Gouges, l’artiste Niki de Saint Phalle ou encore l’architecte Zaha Hadid.

Entre les textes et exercices de lecture qui s’enchaînent sur près de 300 pages, sont distillées de savoureuses anecdotes biographiques sur les auteures. Les collégiens découvriront, entre autres, que le surnom « Castor », donné à Simone de Beauvoir par Jean-Paul Sartre, vient de l’anglais beaver. Ou qu’à l’âge de 12 ans seulement, Germaine de Staël aurait écrit un « petit passage » de l’encyclopédie « Histoire philosophique et politique des deux Indes ». Maya Angelou s’appelle en réalité Marguerite Johnson, et la première française à vivre de sa plume n’est autre que Christine de Pizan.

Agent secret pour Louis XIV

Co-auteure de l’ouvrage et membre de l’ONG le Salon des Dames, Djamila Belhouchat est également professeur de lettres moderne dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Elle a toujours tenu à faire découvrir des auteures à ses élèves, « souvent étonnés de ne pas en avoir étudiées auparavant » :

« Ils adorent les vies tumultueuses, alors je leur parle de Marie-Catherine d’Aulnoy, qui était agent secret pour le roi Louis XIV, ou encore de Nellie Bly, qui a réussi à faire le tour du monde en 72 jours. »

Aujourd’hui, avec ce guide, dédié aux collégiens mais qui s’adapte tout à fait au lycée, l’enseignante s’est offert le recueille pédagogique qui lui manquait quand elle enseignait au collège.

« Les professeurs peuvent piocher dedans pour y prendre un seul texte et l’adapter à leur cours déjà préparé, ou bien prendre une séquence dans son intégralité. Le programme est totalement respecté. »

Pas de panique donc, il ne s’agit évidemment pas de rayer les hommes de l’histoire de la littérature. Dans ses pistes bibliographiques et cinématographiques, l’ouvrage évoque d’ailleurs autant le travail d’hommes que de femmes. Quant à Djamila Belhouchat, elle s’astreint sans mal à une égalité presque parfaite entre les textes de femmes et ceux d’hommes qu’elle fait étudier à sa classe.

Madame Bovary par Gustave

Cette centaine d’extraits littéraires permet surtout de nous rappeler par l’exemple que les femmes sont tout autant capables de raconter des histoires que les hommes. Elles parlent d’elles, écrivent des poèmes, inventent de grands récits d’aventures sans quitter leur chambre. Comme les hommes.

« Ce n’est pas la même chose de lire des histoires de femmes écrites par des femmes que par des hommes. Madame Bovary, par exemple, cela reste avant tout la vision de Gustave Flaubert et non pas celle d’une femme nommée Emma », insiste la professeur.

Selon elle, les élèves qui ne sont pas exposés à ces textes sont « privés de toute une vision du monde : celle des femmes ». La faute à des ouvrages scolaires qui, en sélectionnant uniquement des auteurs hommes, « présentent une vision androcentrée du monde et des femmes, souvent misogyne, voire prédatrice », insiste Michèle Idels qui mentionne à titre d’exemple le recueil d’Eluard et du peintre Man Ray, « Les mains libres », « proposé à l’épreuve de littérature du bac L » et où, explique t-elle :

« La main présentée comme élément créateur, se saisit violemment de la chevelure d’une femme nue traînée par terre. »

« Des femmes en littérature », un outil féministe ? « Ce manuel pourra en tout cas libérer les filles des représentations négatives et violentes qui leurs sont infligées tout en leur offrant des modèles positifs et créateurs », affirme Michèle Idels. Il se pourrait même qu’il les encourage à se lancer dans une carrière d’écrivain, dont les lauriers sont encore majoritairement réservés aux hommes.

Barbara Krief 

Barbara Krief
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181003.OBS3371/avec-ce-manuel-les-collegiens-etudient-des-textes-exclusivement-ecrits-par-des-femmes.html?xtor=RSS-78
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