Etudes de santé : finissons-en avec le massacre du concours !

Suite à la révélation par « l’Obs » du projet de réforme de l’accès aux études de santé, les syndicats étudiants demandent une suppression complète du concours de première année.

« La Paces est un gâchis humain. Il est temps qu’elle soit supprimée, tant les enjeux pour le système de santé français sont grands : permettre l’accès aux études par des voies multiples, diversifier les profils de professionnels de santé et, finalement, créer un cursus ouvert au monde qui l’entoure.

Supprimer la Paces, c’est d’abord préserver la santé mentale des étudiants : 70% d’entre eux présentent des symptômes dépressifs durant cette année. Nous ne pouvons plus accepter ce constat.

Supprimer la Paces, c’est ensuite s’assurer d’une orientation progressive des étudiants et refuser les résultats d’un concours arbitraire n’évaluant en rien les compétences nécessaires à l’exercice des métiers de la santé.

Supprimer la Paces, c’est enfin accompagner les étudiants et garantir leur réussite en leur proposant dès leur première année un contenu de formation épanouissant quel que soit leur parcours futur.

Une proposition nous a été faite par les Conférences des doyens : créer un Portail santé qui serait une première année sélective de préparation aux études de santé. Ce projet présenté comme consensuel ne nous satisfait pas. Nous n’y voyons qu’une reproduction des erreurs passées. En effet, toutes les idées innovantes exprimées lors des concertations entre ministère, universités, doyens et étudiants ont été balayées : aucun module d’orientation, aucune possibilité de suivre un enseignement d’un autre domaine universitaire. Au final, nous aurons une version dissimulée du système précédent, mais finalement tout aussi sélective et discriminatoire.

Sortir du prisme scientifico-centré

Alors qu’après une ou deux années de Paces, un étudiant n’avait aucune idée de son projet professionnel, nous nous étions mis d’accord sur l’importance d’intégrer des modules d’orientation au sein du nouveau modèle. Nous avions une volonté commune d’accompagner les étudiants dans la construction de leur parcours universitaire ainsi que de leur permettre d’acquérir des compétences différentes de celles de la Paces afin de faciliter leur poursuite d’études dans l’université. Encore une fois rien de cela ne transparaît dans le modèle proposé par les doyens, une nouvelle déception.

Nous ne voyons dans ce Portail santé aucune amélioration par rapport à la Paces si ce n’est un changement de nom afin d’organiser une sélection à l’entrée de celle-ci, par exemple par l’obligation d’avoir suivi trois ans de SVT au lycée, comme cela a été proposé par la Conférence des doyens des facultés de médecine. Là où il faudrait diversifier les voies d’accès aux études de santé, on continuerait au contraire à homogénéiser les profils.

C’est pourquoi nous, représentants des étudiants passés par la Paces, proposons aujourd’hui un modèle beaucoup plus ambitieux et davantage en cohérence avec les attentes des étudiants telles qu’elles s’expriment depuis la création de la Paces il y a dix ans.

Ce modèle doit mettre un terme à cette première année de sélection pure qui nous poursuit depuis déjà plus de vingt ans et lui substituer une réelle année de formation. Par ailleurs, si des bases scientifiques sont nécessaires et souhaitées par tous, il est temps de sortir du prisme scientifico-centré pour remettre ce qu’il manque depuis des années dans nos études de santé : l’humanité. Les enseignements de sciences humaines, la communication, le travail d’équipe et l’esprit critique, quasi absents de la première année et bien trop peu présents ensuite, doivent devenir la norme.

Pouvoir se réorienter en cours de cursus

C’est pour cela que nous demandons de sortir d’un système en goulot d’étranglement et de permettre l’accès à chances égales dans les études de santé depuis plusieurs voies d’entrée, que ce soit par une offre universitaire déjà existante (droit, biologie, etc.), ou bien par une nouvelle formation ciblée sur la santé, encore à créer. L’objectif est de permettre aux étudiants d’exprimer leurs choix d’orientation multiples et d’être déjà dans un cursus qui leur assurera une réussite. Il faut arrêter de sélectionner par l’échec mais permettre à chacun de réussir !

Cette nouvelle formation ciblée sur la santé devra prendre en compte les évolutions récentes : explosion du numérique, nouveaux besoins de professionnels de santé… A l’heure où les robots assistent les chirurgiens au bloc opératoire, où de nombreux outils permettent de guider le médecin dans son diagnostic, il nous faut former des jeunes à ces nouveaux métiers en pleine expansion. Elle devra également permettre d’accéder aux formations des métiers du soin : de la médecine à l’orthoptie, des soins infirmiers à la pharmacie.

Parce que chaque étudiant doit être libre de changer d’avis, le changement d’orientation en cours de cursus doit être un droit et non un tort. L’orientation se fait aujourd’hui tout au long de la vie et les avis des étudiants changent : pourquoi un étudiant ayant été classé en médecine ne pourrait pas s’orienter vers une formation de sage-femme ? Pourquoi un étudiant en médecine ne pourrait-il pas se réorienter vers une autre filière s’il ne souhaite pas finir son cursus ? Cette hiérarchie fantasmée des filières doit cesser. Il en est de même pour les orientations par défaut.

Les propositions portées par les associations représentatives des étudiants sont de vraies réponses aux problématiques présentes et futures du système de santé. Nous sommes bien conscients qu’elles exigent des moyens importants, mais existe-t-il une alternative ? Recréer la Paces sous un autre nom serait un terrible constat d’échec.

Le changement est effrayant par nature. Cependant face aux enjeux auxquels nous sommes confrontés il faut faire preuve de courage et d’ambition. »

Les signataires :

Orlane François, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), premier syndicat étudiant

Clara Bonnavion, présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF)

Robin Tocqueville-Perrier, président de l’Association Nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF)

Audrey Toullec, présidente de l’Association nationale des étudiants en psychomotricité (ANEP)

Julie Kerbrat, présidente de l’Association nationale des étudiants sage-femmes (ANESF)

William Chastel, président de la Fédération française des étudiants en orthoptie (FFEO)

Tanguy Delmas, président de la Fédération nationale des étudiants en audioprothèse (FNEA)

Antoine Dugast, président de la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (FNEK)

Pierre Tudeau, président de la Fédération nationale des étudiants en podologie (FNEP)

Bilal Latreche, président de la Fédération nationale des étudiant.e.s en soins infirmiers (FNESI)

Lucie Garcin, présidente de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG)

Edouard Lequertier, président de l’Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire (UNECD)

Fanny Mermin, présidente de l’Union nationale des associations des étudiants en ergothérapie (UNAEE)

Les intertitres sont de la rédaction

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181204.OBS6490/etudes-de-sante-finissons-en-avec-le-massacre-du-concours.html?xtor=RSS-78
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Des lycées bloqués, des rassemblements… les « gilets jaunes » fleurissent chez les lycéens

Plusieurs lycées étaient bloqués en France ce vendredi 30 novembre et des rassemblements ont eu lieu, parfois avec des « gilets jaunes », pour protester contre des réformes en cours dans l’Education nationale.

Sur l’ensemble de la France, une trentaine d’établissements étaient perturbés, a-t-on appris de source policière. Les rassemblements autour mobilisaient au total 2.600 participants. Certains accueillaient des protestataires du mouvement « gilets jaunes ».

Le syndicat lycéen UNL avait appelé à bloquer les lycées vendredi, pour protester contre Parcoursup, la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur mise en place l’année dernière, « les classes surchargées, les suppressions de postes », etc.

A Paris, sept établissements faisaient l’objet de barrages filtrants (qui laissaient donc passer élèves et professeurs) en matinée, a indiqué le rectorat, qui n’a pas relevé d’incident.

Des rassemblements dans toute la France

En Bourgogne, quelque 200 à 250 lycéens à Cosne-sur-Loire, dans la Nièvre, une centaine d’élèves à Tournus, en Saône-et-Loire, ou encore à Avallon, dans l’Yonne, se sont rassemblés, bloquant parfois partiellement l’accès à leur lycée, selon la police. Quelques « gilets jaunes » se sont joints aux groupes de jeunes.

A Dijon, une quarantaine de jeunes ont enfilé des gilets jaunes et se sont un temps installés à un rond-point, a encore indiqué la police. A Rennes, le lycée Bréquigny était totalement bloqué, selon « Ouest France ».

Sur les réseaux sociaux, les internautes et médias locaux relayent plusieurs autres blocages, dans toute la France :

L’UNL veut également alerter sur des réformes en cours au sein de l’Education nationale : réformes du bac et du lycée, réforme de la voie professionnelle.

Samedi, à Paris et en régions, plusieurs organisations syndicales de l’enseignement supérieur ont appelé à des rassemblements pour protester contre la hausse des frais d’inscription dans les facs françaises pour les étudiants venant de pays hors Union européenne.

(Avec AFP)

Voir aussi cette vidéo de « l’Obs » :

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L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181130.OBS6356/des-lycees-bloques-des-rassemblements-les-gilets-jaunes-fleurissent-chez-les-lyceens.html?xtor=RSS-78
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Augmentation des droits d’inscription pour les étrangers : le choix de l’inégalité

Pierre Bayard, Denis Bertrand, Jean-Louis Fournel et Mireille Séguy, professeur(e)s à l’université Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis, s’élèvent contre l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers n’appartenant pas à l’Union européenne. 

Honte et stupéfaction. Sous le label « Bienvenue en France » et avec la prétention d’améliorer notre « attractivité pour les étudiants internationaux », le président Macron et le gouvernement Philippe multiplient soudain par 16, d’un geste jupitérien, le montant des frais d’inscription dans les universités françaises pour les étrangers d’origine non-européenne (« hors communauté », disent-ils) : de 170 à 2.770 euros pour la licence, de 243 à 3.770 euros pour le master.

Cette hausse, disent-ils encore, doit permettre d’augmenter le nombre de bourses ou d’exonérations de droits d’inscriptions, mais le compte n’y est pas. Ils viennent d’ériger, au service de l’inégalité, un monument d’hypocrisie et de cynisme.

Rhétorique du cynisme 

Renforcer l’attractivité en fermant les portes ? Cette rhétorique est digne d’être enseignée comme « modèle » dans nos cours : que diraient nos étudiants d’argumentaires selon lesquels la brusque augmentation des limites de vitesse va diminuer le nombre des morts sur la route, la hausse soudaine des impôts élever le niveau de vie de tous et la suppression pure et simple des élections développer la démocratie ?

Aussi choquants pour l’intelligence et la morale ordinaires que soient de tels arguments, il se trouvera toujours des serviteurs zélés d’une vision exclusivement avaricieuse du monde pour les soutenir et, en l’occurrence, « faire le ménage » dans les formations universitaires.

Et peu importe que cette vision de l’échange, en contrepartie, détruise le paradigme français : celui d’une éducation supérieure universaliste, laïque, ouverte à tous et à toutes au sein d’un espace qui ne saurait être réduit à une logique nationale, et encore moins à une logique comptable, d’un espace qui ne saurait traiter différemment les étudiants en fonction de leurs origines, ni établir une ségrégation entre étrangers « recherchés » et étrangers « rejetés », en préférant ceux qui viennent d’un pays « bankable » à ceux qui viennent de pays pauvres. Une conception qui vise enfin, par la connaissance, la rationalité et la réflexion critique, à améliorer la maîtrise du sens, à faire fructifier les interactions et à atténuer les inégalités.

Comme il est peu probable qu’une argumentation aussi délibérément absurde ait été produite par esprit d’humour (noir), il est vraisemblable que le Premier ministre l’a utilisée sciemment pour détourner l’attention des objectifs réels de cette réforme, lesquels sont d’autant moins dicibles qu’ils transgressent les principes qui sont au cœur du statut de l’enseignement supérieur dans notre République : l’égalité des universités dans l’unité du territoire, l’enseignement libre et gratuit (ou du moins abordable pour tous), la reconnaissance de droits identiques pour chacune.

Notre modèle transgressé

La première transgression est que le gouvernement, dans la logique libérale qui est la sienne et contrairement à ses affirmations, n’investira pas davantage dans les universités, en les contraignant à assumer l’accroissement mécanique de leur déficit. Résultat : 30 postes de professeurs disparaissent en un an de notre université, emportant autant de disciplines et de champs de recherche, pour récupérer 1,7 million d’euros cette année. Le couteau sous la gorge, sur le mode trumpiste, il faudra bien que le modèle anglo-saxon de la privatisation rampante l’emporte. Pour quelle « Ivy League » à la française ?

La deuxième transgression est que cette réforme des tarifs pour les étrangers est un ballon d’essai visant à tester les réactions des étudiants vis-à-vis de l’augmentation plus générale des droits universitaires. Il est à parier que l’étape suivante, s’il s’avère que les protestations sont limitées, sera évidemment, au nom du principe d’égalité dont la réforme hypocritement se pare, d’augmenter les droits des étudiants de l’Union européenne, puis ceux des Français. Même si le gouvernement dément aujourd’hui une telle évolution, est-ce un hasard si, moins de 48 heures après l’intervention d’Edouard Philippe, la Cour des Comptes fait figurer dans ses préconisations la hausse des droits d’inscription pour tous ?

Cette augmentation viendra rompre ce qui était jusque-là l’un des trois fondements du consensus national sur l’enseignement supérieur et la recherche avec l’absence de sélection à l’entrée de l’université (utopique égalité des chances, délibérément érodée par Parcoursup) et l’égalité territoriale appuyée sur le cadrage national des diplômes.

La troisième transgression, encore plus difficile à reconnaître que les deux précédentes, donne à humer, au fameux pays des droits de l’homme, un parfum de xénophobie. Cette réforme vise à « rééquilibrer » la part des différents pays, en diminuant drastiquement le nombre d’étudiants venus du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Aussi imparfaite que soit la situation actuelle, lorsque arrivent dans nos universités des jeunes peu ou mal formés initialement, nous contribuons aussi à répondre aux responsabilités historiques – anciennes et actuelles – à l’égard des pays dont ils sont issus. En outre, si l’on veut s’en tenir au principal critère dont l’actuel gouvernement tient compte, notre travail académique n’est pas sans importance économique, si l’on rappelle ce que « coûte » et ce que « rapporte » l’accueil des étudiants étrangers, même si ces mots ne nous plaisent pas.

Le mirage des bourses

Si elle est maintenue, cette réforme des droits d’inscription laisse prévoir de nombreux drames humains dans les universités françaises. La nôtre, Paris-VIII, compte plus de 30% d’étudiants étrangers, dont un grand nombre, originaires d’Afrique, sont incapables de payer des droits aussi élevés et, pour la plupart, ne seront pas éligibles aux bourses annoncées.

Il est clair en effet que le nombre de ces bourses – 15.000, au lieu des 7.000 actuelles – est bien inférieur au nombre d’étudiants étrangers actuellement en France (surtout ceux d’Afrique noire et du Maghreb) ou potentiellement candidats. Avec 15.000 bourses pour les 324.000 étudiants étrangers, dont 150.000 Africains, cela réduira de facto les admissions de manière massive.

Et les conditions de leur obtention complexifieront suffisamment le système pour en décourager beaucoup. Il n’est pas impossible, du reste, que l’instrument ait été construit à cette fin.

Cette réforme creuse délibérément l’abîme des inégalités. Ici et ailleurs.

Pierre Bayard, Denis Bertrand, Jean-Louis Fournel et Mireille Séguy, professeur(e)s à l’université Paris-VIII.

L'Obs

Pierre Bayard, Denis Bertrand, Jean-Louis Fournel et Mireille Séguy

Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181122.OBS5875/augmentation-des-droits-d-inscription-pour-les-etrangers-le-choix-de-l-inegalite.html?xtor=RSS-78
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« Bienvenue en France » aux étudiants étrangers, vraiment ?

Par Hicham Jamid, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) En partenariat avec The Conversation

Lundi 19 novembre 2018, le gouvernement français a annoncé une nouvelle stratégie pour attirer plus d’étudiants étrangers en France. Sous un nouveau label « Bienvenue en France » attribué aux établissements exemplaires, le premier ministre, Édouard Philippe, souhaite passer de 320.000 étudiants internationaux aujourd’hui à 500.000 dans les universités de l’Hexagone d’ici 2027. De quelle manière ? Entre autres, en augmentant les frais de scolarité pour les étudiants « extra-européens » !

Ainsi, dès la rentrée prochaine, ces jeunes devraient payer 2.770 euros au lieu de 170 euros pour s’inscrire en licence, et 3.770 euros pour une formation en master ou en doctorat – contre 243 euros et 380 euros actuellement. Le premier ministre trouve « absurde » et « injuste » qu’un étudiant extra-européen « fortuné » « paie les mêmes droits d’inscription qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et paient des impôts en France depuis des années ».

Cette déclaration vient confirmer, encore une fois, l’ambiguïté de la politique française à l’égard des étudiants étrangers. Une politique qui oscille entre un désir d’attractivité, puisé dans une vision libérale marquée par l’ère de la marchandisation des systèmes d’enseignement supérieur, et une obsession de contrôle affirmée par une politique migratoire restrictive, sélective, prospérant dans une logique bureaucratique sécuritaire.

Un marathon administratif

En 2017, ce sont plus de 78.000 premiers permis de séjour qui ont été délivrés en France pour « raisons liées à l’éducation ». Des documents obtenus au terme d’un véritable parcours de combattant. Depuis 2010, en effet, tout candidat étranger doit passer par la plate-forme numérique de Campus France, un établissement sous la tutelle conjointe du ministère des Affaires étrangères et du ministère chargé de l’Enseignement supérieur, avec un réseau de plus de 200 espaces et antennes dans le monde.

La candidature, appelée demande d’admission préalable (DAP), est payante. Pour soumettre un dossier de candidature, les étudiants doivent payer les frais de dossier en espèces, auprès d’une banque accréditée. Le montant varie d’un pays à un autre. Par exemple, pour les candidats sénégalais, il est de 50.000 FCFA (environ 75 euros), pour les étudiants turcs, il est de 430 LT (environ 98 euros), alors que pour les étudiants marocains, il est de 1 900 Dhms (environ 172 euros). Il est clairement mentionné que ces frais de dossier ne sont pas une garantie de préinscription et qu’ils ne sont, en aucun cas, remboursables même en cas de désistement, de non-admission ou de refus de visa.

Ainsi, dans un premier temps, les étudiants étrangers doivent créer un compte sur le site Campus France et compléter un dossier pédagogique, en saisissant les informations personnelles et les justificatifs de diplômes. Les candidats doivent également fournir un certificat attestant de leur niveau en français, et ce, en effectuant un test de connaissance du français (TCF), payant, ou en présentant un diplôme équivalent.

L’étape suivante consiste à envoyer le dossier pédagogique aux établissements français dans lesquels le candidat souhaite s’inscrire. En cas d’avis favorable de l’un d’entre eux, les services de Campus France convoquent l’étudiant pour un entretien afin de vérifier l’authenticité des documents fournis, son niveau de français, ses motivations et la cohérence de son projet. À l’issue de cet entretien, l’agent de Campus France donne son avis. S’il est favorable, le candidat est invité à prendre rendez-vous au consulat de France pour déposer sa demande de visa long séjour mention « étudiant ».

Des démarches coûteuses…

Tout étudiant ne disposant pas d’une bourse d’études doit présenter une attestation bancaire justifiant « du dépôt d’un ordre de transfert, permanent et irrévocable, d’un montant minimum de la contre-valeur de 615 euros par mois pour la durée du séjour (base de 12 mois pour une année scolaire ou universitaire) ». Cette somme est conséquente, puisque pour un étudiant marocain par exemple, cela représente deux fois le salaire minimum mensuel dans son pays. De fait, pour pouvoir déposer une demande de visa de long séjour pour études en France, un étudiant marocain doit avoir économisé l’équivalent de deux ans de salaire minimum !

Gardons l’exemple des étudiants marocains, puisqu’ils arrivent en tête de classement des étudiants étrangers en France (38.000 en 2017). Depuis 2015, tous les consulats de France au Maroc ont externalisé la réception des dossiers de demande et de délivrance des visas à un prestataire privé, la société TLS-Contact. Ainsi, outre les frais inévitables de visas – non remboursables en cas de refus, les demandeurs payent aussi des frais de service à TLS-Contact, équivalant à 269 dirhams (autour de 25 euros).

À leur arrivée en France, les étudiants étrangers doivent se présenter, dans un délai de trois mois à compter de la date d’entrée, aux services de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de leur département d’installation, et ce, pour procéder aux formalités d’enregistrement. Une fois l’ensemble de démarches administratives accompli et en s’acquittant d’une taxe de 58 euros sous forme de timbres fiscaux, les passeports de ces étudiants étrangers se voient revêtus d’une vignette attestant l’achèvement des formalités.

… et sans fin

Dès leur deuxième année en France, les étudiants étrangers doivent demander une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant ». Selon l’article L.313-7 du CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) français, cette carte est accordée à « l’étranger qui établit qu’il suit en France un enseignement ou qu’il y fait des études et qui justifie qu’il dispose de moyens d’existence suffisants ».

Le niveau de moyens d’existence estimé suffisant est équivalent à la demande initiale du visa long séjour, c’est-à-dire d’au moins 615 euros par mois. Ceci dit, le dossier de demande de cette première carte de séjour temporaire est composé, entre autres, d’un justificatif de ressources financières au montant défini ; un justificatif de domicile ; une attestation d’inscription dans un établissement d’enseignement supérieur et une attestation d’affiliation à une couverture sociale étudiante. La remise de ce premier titre de séjour exige l’acquittement d’une taxe de 79 euros sous forme de timbres fiscaux.

Arrivés au terme de leur cursus, certains étudiants étrangers trouvent des opportunités d’emploi dans l’Hexagone et décident de s’y établir. Cette décision les expose de front à une nouvelle « carrière de papier » (Spire, 2005) aussi tracassante et complexe que les précédentes. En effet, pour qu’un étudiant étranger puisse séjourner légalement en France à l’issue de ses études supérieures et occuper une activité professionnelle salariée, il est soumis à une procédure administrative dite de « changement de statut », au terme de laquelle il passe de statut « étudiant » à celui de « travailleur temporaire » ou de « salarié ».

Ceci étant dit, je vous laisse faire le calcul de la somme de tous ces frais (dossier Campus France + TLS-Contact + frais de Visa + timbres fiscaux à l’OFII) que les étudiants extra-européens paient pour poursuivre leurs études supérieures en France. Coûteuse, exigeant plusieurs mois de démarches, la procédure d’obtention d’un visa pour études Jamid, 2018 est révélatrice de la politique d’immigration sélective de la France. Une sélection qui relève à la fois d’une dimension sociale inégalitaire et d’apparentes logiques économiques, prescrites par les besoins économiques du marché du travail français.

Des mesures contre-productives

Beaucoup d’étudiants étrangers dépendent au cours de leur expatriation en France des ressources financières que leur procurent leurs familles. Nombreux d’entre eux sont originaires de milieux modestes. Pour subvenir aux différentes exigences matérielles liées au séjour de leurs enfants en France, nombreuses sont les familles qui parfois s’endettent. Avec cette nouvelle politique de frais d’inscriptions qui alourdit les charges pesant sur elles, il ne s’agira plus de « Bienvenue en France », mais plutôt « Allez ailleurs, ne venez pas en France » !

Si les étudiants étrangers sont souvent considérés comme des candidats « désirables » à l’immigration en France, correspondant parfaitement aux canons de ce que vous appelez « l’immigration choisie », il n’en demeure pas moins qu’ils sont traités comme tout étranger, soupçonné en permanence de devenir ultérieurement en situation juridique irrégulière.

En 2014, Campus France a réalisé une étude auprès d’un échantillon représentatif afin de cerner l’apport économique des étudiants étrangers à la vie du pays. Selon les résultats de cette enquête, en ligne :

« Alors que le coût de ces étudiants étrangers pour le budget de l’État peut être évalué à 3 milliards d’euros environ, l’apport des étudiants l’économie française se monte à 4,65 milliards d’euros dont : 3 250 millions euros en consommation quotidienne de biens et services ; 563 millions euros en frais d’inscription et de scolarité ; 364 millions euros en dépenses de transport aérien auprès d’opérateurs français ; 466 millions euros de dépenses des proches qui rendent visite aux étudiants. »

Peut-être les responsables politiques devraient-ils faire un tour pendant leurs vacances dans des villes comme Brest, Nancy ou Mulhouse, où les étudiants étrangers dynamisent la vie locale. Leurs habitants le confirmeront !The Conversation

Hicham Jamid, Doctorant en Sociologie, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L'Obs

Hicham Jamid

Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181121.OBS5780/bienvenue-en-france-aux-etudiants-etrangers-vraiment.html?xtor=RSS-78
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Universités : les étudiants extra-européens devront payer (beaucoup) plus cher

Le gouvernement veut attirer davantage d’étudiants internationaux en France, en augmentant les frais de scolarité des jeunes extra-européens pour améliorer les conditions d’accueil, d’un côté, et en finançant davantage de bourses, de l’autre côté. Des mesures qui suscitent des inquiétudes parmi les syndicats étudiants.

D’ici à 2027, la France ambitionne de porter à 500.000 le nombre d’étudiants étrangers qu’elle accueille chaque année, contre un peu plus de 300.000 actuellement, a déclaré lundi 19 novembre le Premier ministre, Edouard Philippe, en présentant cette stratégie d' »attractivité ».

Quatrième destination des étudiants internationaux

Premier pays d’accueil non anglophone, la France est la quatrième destination mondiale pour les étudiants internationaux, après avoir perdu sa troisième place ces dernières années au profit de l’Australie.

Malgré une remontée depuis 2016, le nombre d’étudiants étrangers a baissé de 8% entre 2010 et 2015. « La France conserve des points d’attractivité, mais on voit un début de décrochage », souligne-t-on à Matignon.

« Nous pouvons faire beaucoup mieux », a affirmé Edouard Philippe en présentant la stratégie baptisée « Bienvenue en France », qui vise à mieux accompagner l’arrivée des étudiants étrangers en France.

La politique des visas va être « améliorée », avec des formalités simplifiées et accessibles en ligne. Le nombre d’étudiants ayant accès à des cours en anglais, ainsi qu’aux cours de français langue étrangère (FLE), sera doublé. Chaque étudiant étranger se verra désigner un référent pour l’accompagner.

Un label sera attribué aux établissements remplissant certaines conditions d’accueil et l’accès aux logements étudiants sera facilité. Il s’agira de « simplifier la vie des étudiants sur place », résume-t-on au ministère de l’Enseignement supérieur.

Un fonds d’amorçage doté de 5 millions d’euros sera mis en place en 2019 pour permettre aux universités de mener les premiers projets. Un fonds de soutien de 20 millions d’euros prendra ensuite le relais.

Mais la principale mesure, qui inquiète les syndicats étudiants, est une hausse des frais de scolarité des étudiants extra-européens à l’université.

Un « choix mesuré »

Actuellement, ces étudiants (une centaine de milliers) paient les mêmes droits que les étudiants français, soit 170 euros pour une année de formation en licence, 243 euros en master et 380 euros en doctorat.

A partir de la rentrée 2019, ils devront s’acquitter de 2.770 euros en licence et 3.770 euros en master et doctorat, selon le gouvernement, soit « un tiers du coût réel » d’un étudiant étranger pour les finances publiques.

Cette hausse permettra notamment d’augmenter le nombre de bourses ou d’exonérations de droits d’inscriptions, qui bénéficieront à « 15.000 étudiants dans les mois qui viennent », venant principalement de pays en développement (contre 7.000 aujourd’hui).

Au final, avec d’autres accords d’exemptions, « un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération ou d’une bourse », selon le gouvernement. Il s’agit d’un « choix mesuré », a plaidé le Premier ministre, qui souligne :

« Nous resterons très en-dessous des 8.000 à 13.000 euros de nos voisins néerlandais et des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, et de la plupart des pays européens, sans évoquer bien sûr la situation sur la continent nord- américain. »

« Un renforcement de la précarité sociale »

Paradoxalement, le faible coût des frais de scolarité en France décourageait aussi certains candidats, qui s’inquiétaient de la qualité des enseignements, a-t-on souligné à Matignon.

Seuls les étudiants résidant hors de l’Espace économique européen sont concernés : les étudiants venant de l’EEE continueront eux à payer les mêmes frais qu’un étudiant français, en vertu des règles européennes.

Ces annonces ont été vivement critiquées par les deux principaux syndicats étudiants français. « Ce n’est pas aux étudiants de contribuer au sous-financement de l’enseignement supérieur par l’Etat », s’indigne ainsi le premier syndicat étudiant, la Fage.

Une hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers va entraîner « un renforcement de la précarité sociale et une fermeture des portes de l’enseignement supérieur français », prévient de son côté l’Unef.

(Avec AFP)

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181119.OBS5646/universites-les-etudiants-extra-europeens-devront-payer-beaucoup-plus-cher.html?xtor=RSS-78
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Grève des profs : un raté inquiétant pour les syndicats enseignants

 C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Bayrou accrochait ses lilas jusque sous les fenêtres du Snes. Jospin n’hésitait pas à se dédire devant la bronca des comédiens, des magiciens, des musiciens. Et si l’humble garni du SNUipp ne payait pas de mine, c’est bien là, en association étroite avec le gouvernement que se décidait le sort des 800.000 enseignants et du million de salariés de l’Education nationale.

Il fut donc un temps – lointain – où les deux grands syndicats majoritaires du second et du premier degré cogéraient la rue de Grenelle. Forts d’un taux de syndicalisation record (45% au début des années 90, deux fois moins aujourd’hui) et d’une capacité avérée à faire descendre la jeunesse lycéenne dans la rue. Ce qui pour un gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, constitue une arme de dissuasion majeure.

Faible mobilisation

Ce temps est manifestement révolu. Et ce n’est pas le demi-échec, ou le demi-succès, de la grève nationale lancée par l’ensemble des syndicats lundi 12 novembre – la première depuis décembre 2011 – qui devrait changer quoi que ce soit à cet état de fait. Passons rapidement sur les taux de participation. Une fois de plus, les syndicats de l’Education nationale n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les chiffres, un comble pour des enseignants. Le Snes parle de 50% de grévistes dans le secondaire, le SNUipp de 25% dans le premier degré. Et le SE-Unsa (minoritaire, réformiste) de 25% parmi l’ensemble des enseignants, CPE et psychologues de l’Education nationale…

Le ministère, se basant sur les remontées des académies (il dispose d’un logiciel pour cela) parle pour sa part de 13,8% de grévistes dans le secondaire et de 8,7% dans le premier degré. Ce qui, convenons-en, n’est pas exactement la même chose… Où se trouve la vérité ? Dans le second degré, le ministère ne comptabilise comme grévistes que les enseignants absents à l’ouverture des établissements, en considérant arbitrairement comme non-grévistes ceux qui n’ont pas cours le matin et dont la présence n’était pas requise (soit 40% d’entre eux). Il faut donc rehausser ses estimations d’à peu près 66%. Ce qui nous ferait remonter à 23%, mais pas à 50…

Dans le premier degré en revanche, tous les enseignants sont censés être présents à l’ouverture. Et des déclarations préalables sont par ailleurs obligatoires pour les grévistes. Rien ne justifie donc ce rapport du simple au triple. A moins d’un mensonge ministériel, d’un bidouillage syndical, ou d’un mélange des deux.

Au-delà des querelles statistiques, reste la vérité de la rue. Avec 4.000 manifestants à Paris selon la préfecture de police (7.000 selon le Snes), 1.800 à Lyon (2.500 selon les syndicats) et un peu plus de 1.000 à Marseille (« 3.000 à 5.000 » selon le Snes), les cortèges syndicaux ont paru bien peu étoffés au vu des grandes mobilisations de jadis. Pour mémoire, 4.000 manifestants, cela représente le « score » atteint par la manifestation des profs de prépas protestant contre la limitation de leurs heures supplémentaires en 2013 du temps de Vincent Peillon – un mouvement très suivi mais purement catégoriel.

Cette année, le mot d’ordre se voulait autrement mobilisateur. Les syndicats appelaient collectivement à manifester contre la suppression de 2.650 postes dans les collèges et lycées publics, prévue dans la loi de finance. Le Snes et le SNUipp y ajoutaient des chevaux de bataille plus spécifiques comme la réforme du lycée, le pilotage du système éducatif par l’évaluation ou l’interventionnisme du ministre dans les apprentissages en primaire. Ces sujets ne sont pas de minces affaires. Ils mettent en jeu des éléments-clés du statut, sinon de l’identité enseignante : liberté pédagogique, système de mutation national à l’ancienneté, attachement disciplinaire…

Les syndicats satellisés

Comment expliquer dès lors que les profs n’aient pas davantage débrayé ? Par une forme de démotivation peut-être. Contrairement à sa collègue du ministère de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, qui a pris grand soin de négocier le soutien des syndicats réformistes (CFDT et Unsa) avant de mettre en place la plateforme Parcoursup, Jean-Michel Blanquer a opté pour la stratégie du bulldozer. Les syndicats ont beau s’époumoner, il avance, sûr de son fait, sans leur accorder la moindre attention, persuadé d’incarner à lui seul un « progressisme scientifique et social total ».

Récemment encore, lors de la présentation du projet de loi pour une école de la confiance, les journalistes se sont ainsi vus détailler le texte avant même qu’il ne soit soumis à l’avis du Conseil supérieur de l’éducation, l’instance consultative représentant les personnels et les usagers de l’Education nationale. On s’est étonné de cette indélicatesse. Réponse lapidaire du cabinet : « De toute façon, ils votent toujours contre ».

Cette stratégie adoptée par le ministre semble avoir opéré son travail de sape. Pour nombre d’enseignants, la messe est dite. Blanquer avancera quoi qu’il advienne, et il en est des batailles syndicales comme des réformes ministérielles à répétition : ils s’en désintéressent, persuadés qu’elles n’auront pas d’impact majeur sur leur quotidien.

Un divorce avec les profs ?

L’autre hypothèse, plus sombre, serait celle d’une rupture entre la base enseignante et les syndicats. Blanquer qui se définit comme le « ministre des professeurs » estime que ceux-ci sont divisés plus ou moins équitablement en trois groupes : le premier soutient l’esprit de ses réformes, le second y est opposé, le troisième regarde passer les trains. Il n’est peut-être pas loin du compte. En témoigne ce sondage du Snes au printemps dernier, qui soulignait que 68% des enseignants du secondaire ne faisaient pas confiance au ministre pour prendre en compte leurs attentes. Mais que… 45% l’estimaient aptes à conduire les réformes nécessaires.

Au collège, l’abandon de la réforme Vallaud-Belkacem (qui mettait un terme aux classes bilangues, très prisées des enseignants, et imposait des heures de travail interdisciplinaires) a été vécu de fait comme une libération, et il faut croire que l’exonération de charges des heures supplémentaires – et donc la possibilité de « travailler plus pour gagner plus » – compense pour certains la perspective d’une légère augmentation des effectifs par classe.

Quant au premier degré, Jean-Michel Blanquer a su y semer la zizanie avec un art consommé du « divide and rule ». L’une de ses premières mesures a été d’autoriser le retour à la semaine de quatre jours. Autrement dit : faire le jeu de la base enseignante, désireuse à 80% de disposer d’un mercredi chômé, contre les responsables nationaux plus à l’écoute des arguments développés par les médecins et les pédagogues spécialistes de la chronobiologie de l’enfant.

Il y a gagné une certaine popularité. Et il n’est pas certain que sa volonté de dicter leurs manières de faire aux enseignants soit paradoxalement mal perçue. « Beaucoup d’instits sont prêt à se délester de leur liberté pédagogique », admet un syndicaliste en off. « Ils n’auront plus qu’à appliquer les consignes. D’une certaine manière, c’est sécurisant. Si les gamins ne progressent pas, on ne pourra plus s’en prendre à eux, ce sera la faute du ministre. C’est aussi à cela qu’on juge la crise de notre profession. »

 Gurvan Le Guellec

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181112.OBS5264/greve-des-profs-un-rate-inquietant-pour-les-syndicats-enseignants.html?xtor=RSS-78
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Premier grand mouvement de grève des profs pour Jean-Michel Blanquer

Tous les syndicats des personnels de l’Éducation appellent à la grève lundi pour dénoncer les suppressions de postes, un mouvement qui risque de perturber la journée de classe dans les écoles, collèges et lycées.

Des manifestations sont prévues dans les grandes villes tandis qu’à Paris un cortège s’élancera à 14h00 pour rallier le ministère. Cet appel à la grève de tous les syndicats représentant l’ensemble des personnels est une première depuis 2011.

Le budget 2019, dont le volet Éducation nationale sera discuté en plénière mardi à l’Assemblée nationale, prévoit de supprimer 2.650 postes dans les collèges et lycées publics, 550 dans le privé, 400 dans l’administration. Quelque 1.800 postes seront créés au primaire, en vertu de « la priorité au primaire » voulue par le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer.

Suppressions de postes

Les syndicats des fédérations FSU, CFDT et Unsa, dans le primaire (écoles maternelles et élémentaires) et le secondaire (collèges et lycées) ont appelé à la grève, dans le public et le privé, pour réclamer l’annulation de ces suppressions de postes.

Les syndicats Éducation nationale d’autres fédérations (CGT, Sud, FO) ont eux aussi appelé au mouvement, contre les suppressions de postes mais aussi contre la réforme de l’enseignement professionnel, la réforme du lycée et plus largement contre « la casse du statut général de la fonction publique ».

Enfin, le syndicat Snalc s’est associé, lui, aux deux plateformes.

Selon Stéphane Crochet, à la tête du SE-Unsa, c’est la première fois depuis 2011 qu’un appel à la grève sur une thématique relevant de l’éducation rassemble toutes les organisations syndicales, de la maternelle au lycée, dans le public et dans le privé.

En 2011, les enseignants s’étaient mobilisés contre une réforme des carrières et de l’évaluation des professeurs, mesure qui avait ensuite été supprimée après la victoire de François Hollande à la présidentielle.

« École de la défiance »

Les personnels « ne comprennent pas » les réductions d’effectifs dans le secondaire, au regard de la poussée démographique attendue en collèges et lycées, souligne Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT.

L’agence des statistiques du ministère de l’Éducation, la Depp, prévoit une hausse de 40.000 élèves à chaque rentrée entre 2019 et 2021.

Ces suppressions annoncées passent d’autant moins après le mouvement #PasDeVague suscité par le braquage, avec une arme factice, d’une enseignante par un lycéen, au sein d’un établissement de Créteil en octobre, ajoute Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat dans le secondaire.

Le nombre de suppressions de postes peut paraître faible par rapport à la totalité des agents de l’Éducation nationale (environ un million), mais les syndicats s’attendent à ce qu’elles soient suivies d’autres réductions d’effectifs.

Emmanuel Macron a indiqué vouloir supprimer 50.000 postes dans la fonction publique d’État d’ici à 2022. L’Éducation nationale, qui représente la moitié des effectifs de cette branche de la fonction publique, risque d’être largement mise à contribution, estime Frédérique Rolet.

Le Snuipp-FSU, premier syndicat dans le primaire, s’agace d' »une pseudo-priorité » donnée au primaire, affirmant que les postes créés sont loin de couvrir les besoins nés du dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d’éducation prioritaire.

Plus généralement, le syndicat critique la politique de Jean-Michel Blanquer, qui donne « le tournis » et créé « une école de la défiance », à l’encontre de « l’école de la confiance » voulue par le ministre.

(avec AFP)

L'Obs avec AFP
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181112.OBS5207/premier-grand-mouvement-de-greve-des-profs-pour-jean-michel-blanquer.html?xtor=RSS-78
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Filmer son fils de 7 ans : le « dernier recours » d’une mère impuissante face au harcèlement scolaire

« Je veux rejoindre le Bon Dieu pour toujours. Et lui, qu’il arrête de me taper. » Cet appel poignant, choquant, émane de C., un petit garçon de CE1, âgé de 7 ans. Dans une vidéo vue plusieurs dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, l’écolier, visage découvert, accuse en pleurs un camarade de classe de s’en prendre à lui et à son petit frère. 

(la vidéo ci-dessous est reproduite avec l’autorisation de la mère. « l’Obs » a masqué le visage de l’enfant, les noms et les lieux évoqués.)

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La mère de l’enfant, S., a accepté de parler à « l’Obs ». Âgée de 43 ans, coiffeuse à domicile, elle explique pourquoi elle a choisi de filmer le témoignage de son fils et ne s’est pas opposée à sa diffusion sur les réseaux sociaux, à visage découvert. « Nous avons enregistré ces images mi-octobre sur les conseils d’un ami de la famille avocat. À l’origine, la vidéo n’était pas destinée à être postée. »

La femme affirme avoir « tout essayé » et l’avoir tournée « en dernier recours », alors que son fils se dit harcelé depuis plus d’un an dans son établissement privé catholique du nord-est de la France. La justice a été saisie. Le procureur Baptiste Porcher, que “l’Obs” a pu joindre, se dirige, sous réserve des dernières auditions, vers un classement sans suite de l’affaire. « L’emballement médiatique n’a pas de raison d’être. Il y a une différence entre le ressenti de l’enfant et la réalité judiciaire. L’enfant peut ressentir du harcèlement, ce qui génère un mal-être incontestable, mais les faits tel qu’ils ressortent de l’enquête ne suffisent pas à qualifier le harcèlement ». 

Lacets arrachés, manteau déchiré

La mère de famille nombreuse, dont plusieurs enfants sont scolarisés dans cette même école, livre sa version :

« Ça a commencé l’année dernière, à la rentrée. Il revenait de l’école avec les lacets arrachés ou son manteau déchiré. Il avait des bleus. Quand je lui demandais des explications, il me disait qu’il était tombé. Il n’avait plus d’appétit, me disait qu’il avait fait pipi dans sa culotte avant de partir à l’école, pour ne pas y aller ».

Dès septembre 2017, elle alerte l’école, qui prend immédiatement une série de dispositions. Les parents des trois élèves désignés par son fils comme « harceleurs » ont été convoqués et leurs enfants punis, ce que confirme le procureur. Parmi eux, l’enfant désigné nommément par C. dans la vidéo. 

« La directrice leur a aussi fait faire un dessin qui représentait ce qu’ils avaient fait à mon fils, et un autre où ils se tenaient tous la main, sans violence. Ils les lui ont ensuite donnés. Quand j’ai vu le dessin avec les coups de poing et mon fils par terre, j’ai dit ‘là c’est trop' », relate la maman, choquée par  une démarche qu’elle perçoit surtout comme une façon de « remuer le couteau dans la plaie. » 

Des mesures d’éloignement entre les deux enfants auraient également été prises : « Leurs porte-manteau ont été placés à l’opposé du couloir, tout comme leur table en classe. (…) Mais dès que la maîtresse a le dos tourné, mon fils se prend des coups », affirme la mère.  

« Je vois bien que la directrice fait de son mieux, mais si l’école avait la bonne réaction, ce gamin arrêterait de frapper mon fils ! On l’a frappé, insulté pendant des mois. On lui a dit qu’il était con, qu’il était moche, on lui a craché dessus, on l’a humilié. »

Pour le procureur, le mal-être de l’enfant est « sans proportion avec ce qu’il se passe à l’école ». Dans la plainte datée du 13 octobre 2018 figurent quatre faits de violence, étalés sur un an : coups de pied dans les hanches et coups de poing dans le dos. Ils n’ont, pour l’instant, pas été corroborés par les auditions de la direction de l’établissement. « Le personnel éducatif a constaté des chamailleries entre enfants, des bousculades. Ce ne sont pas des violences de type coup de poing », détaille M. Porcher. 

« Je l’ai laissé parler sans poser de questions »

La mère, elle, raconte qu’à la rentrée de septembre, l’un des trois élèves accusé par C. a recommencé, malgré des signalements répétés à la maîtresse, à la directrice et aux parents. Jusqu’à ce vendredi d’octobre où, convoquée par la directrice au sujet de ce harcèlement, la maman dit avoir été témoin d’un coup de pied contre son autre fils, scolarisé en moyenne section de maternelle. L’auteur ? Un des enfants qui s’en étaient déjà pris à son aîné. 

C’est après cet épisode que C. aurait dit vouloir mourir. Dans la voiture, le garçon aurait dit en pleurant que s’il ne pouvait « même pas défendre son frère », il ne servait « à rien ». Arrivés à la maison, la mère le prend à part : « Je lui ai dit qu’on l’aimait beaucoup et que ça me faisait mal au cœur qu’il puisse dire ça. Il m’a dit : ‘je sais, mais c’est comme ça, je veux vraiment, maman si tu m’aimes fais ça pour moi’. C’est là que je lui ai dit que j’allais le filmer et qu’il pouvait parler de ce dont il avait envie. Je l’ai laissé parler sans poser de questions. »

« Dernier recours »

Un geste qu’elle justifie par une forme de lassitude. « Je me disais : mais maintenant il se passe quoi en fait ? La directrice est au courant, les parents sont au courant et leur enfant continue à frapper mon fils. Mais où va-t-on ? ». Elle  envisage désormais de déménager pour changer son fils d’école. Elle soutient toutefois que ce n’est pas elle qui a posté la vidéo sur internet, et qu’elle ignore qui l’a fait, car elle l’a envoyée à « au moins une trentaine » de ses amis Facebook en message privé.

Et à vrai dire, le fait que cette vidéo circule ne lui pose désormais plus de problème. Au contraire. 

« Je ne vais pas jeter la pierre à la personne qui a publié la vidéo. Bien-sûr, certains nous traitent de barjots. Mais je dis à mon fils que plein de gens lui font des bisous et lui conseillent d’être fort. Eh bien, il avait le sourire, il m’a dit ‘Ah bon ?’. »

La mère espère même que le soutien virtuel pourra apaiser les angoisses de son fils. Et puis « de toutes façons c’est fait, et ça peut servir à d’autres personnes. Peut-être qu’aujourd’hui j’ai ouvert ma bouche et j’ai aidé d’autres parents qui n’ont pas osé le faire. » 

Des menaces contre l’école 

Elle n’en reste pas là. « J’ai envoyé un message aux parents de cet enfant [celui qui continuait à le frapper, ndlr], disant que je venais de parler à mon fils qui est en pleurs, que mon fils me supplie de mourir. Qu’est-ce qu’on fait, je leur ai demandé. » C’est en voyant qu’elle ne recevait pas de réponse qu’elle a décidé de porter plainte, le lendemain, le 13 octobre. Elle a montré la vidéo aux gendarmes qui lui ont conseillé de retirer C. de l’école à une semaine des vacances d’octobre.

Depuis, la jeune victime a vu une psychologue. Et sur les conseils de l’association « La main tendue », créée par Nora Fraisse après le suicide de sa fille de 13 ans qui se faisait harceler au collège, la maman cherche désormais un coach en estime de soi pour aider son fils à se reconstruire.

De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont partagé la vidéo, appelant à envoyer des messages de soutien à l’enfant, tandis que d’autres ont menacé de s’en prendre à celui qui est désigné comme responsable du harcèlement. L’école a également été visée dans plusieurs commentaires et publications sur internet. Sa directrice n’a pas souhaité répondre pour l’instant à nos sollicitations. Auprès du « Parisien », elle assure : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que les autorités compétentes ont été prévenues ».

Alors que se tient ce jeudi 8 novembre la journée de lutte contre le harcèlement scolaire, la secrétaire générale des Républicains (LR), Annie Genevard, a appelé le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, à mettre en place des « Etats Généraux » contre ce « fléau ».

Lundi 5 novembre, à son retour en classe après les vacances scolaires, le garçon a raconté s’être à nouveau pris un coup d’épaule. Un geste violent qu’il n’aurait pas rapporté à la maîtresse. « De toutes façons, ça ne changera jamais » a justifié l’enfant, fataliste.

Mahaut Landaz

Mahaut Landaz
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181108.OBS5078/filmer-son-fils-de-7-ans-le-dernier-recours-d-une-mere-impuissante-face-au-harcelement-scolaire.html?xtor=RSS-78
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« Monsieur Blanquer, nous ne voulons pas d’une école archaïque ! »

Les positions se tendent autour de la question de l’apprentissage de la lecture. Convaincu que l’école française n’enseigne pas correctement à lire, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a fait du dossier une priorité et met la pression sur les professeurs des écoles pour qu’ils adoptent une méthode strictement syllabique centrée sur le décodage – le fameux b.a.-ba – méthode qu’il juge la plus efficace, « au vu de la science et des comparaisons internationales ».

L’ensemble des syndicats représentatifs des enseignants du premier degré, mais également les mouvements pédagogiques et la principale fédération de parents d’élèves – la FCPE – y voient au contraire un retour en arrière funeste. D’où cette tribune que « l’Obs » publie en exclusivité.

« A cette rentrée, le ministre, sous couvert d’avancées scientifiques, d’un bon sens et d’une simplicité enfin retrouvés qui séduisent l’opinion, entreprend de modifier en profondeur les fondements de l’école.  Il en oublie des pans entiers de la recherche, et  le dialogue pourtant capital avec la communauté éducative. Le résultat en est un appauvrissement dramatique des finalités et des objectifs que l’Ecole doit se donner pour répondre aux enjeux.

La réécriture des programmes imposée pendant l’été et la mise en place d’évaluations standardisées au CP et au CE1 visent à imposer sa conception de l’école basée sur une approche technicisée des apprentissages où tout serait évaluable et quantifiable en permanence. Et où l’enseignant serait réduit à un rôle de technicien, loin de son rôle de concepteur d’apprentissages adaptés aux besoins.

Certaines écoles sont les cibles d’expérimentations des protocoles désincarnés tels que ceux proposés par « Agir pour l’école » – une association proche du ministre – en lieu et place d’une pédagogie humaniste prenant en compte la globalité de chaque enfant. L’apprentissage de la lecture y est considéré comme un acte mécanique, réduit à du décodage,  et non plus comme une entrée dans la culture de l’écrit. Cette menace d’uniformisation des apprentissages prive les élèves de construire les liens, porteurs de sens, entre les savoirs scolaires et leurs expériences personnelles et collectives, que ce soit à l’école maternelle ou élémentaire, dans les familles, ou au sein des associations complémentaires de l’école et les empêche de développer leur capacité de penser et de créer, accentuant ainsi les inégalités scolaires.

Ce retour à des pratiques archaïques ne répond pas aux attentes de nombreuses familles qui souhaitent que leurs enfants trouvent à l’école des sources d’épanouissement. Celles qui en ont les moyens financiers se tournent alors vers des écoles privées (Montessori ou autre). Ainsi, la vision rétrécie de l’école que propose notre ministre ne peut que creuser les ségrégations scolaires.

Pourtant, à la fin des années 60, alors que la méthode syllabique régnait sans partage, les premières statistiques furent sans appel : un appelé du contingent sur deux était incapable de comprendre un article de presse très simple. Dans les années 70, l’accès généralisé au collège a mis en évidence les limites d’un apprentissage centré sur le décodage et l’impossibilité pour de nombreux élèves de réussir leur scolarité secondaire. Tout en prétendant lutter contre les inégalités et inclure tous les élèves, n’est-ce pas là ce que le ministre prend le risque de réserver aux élèves de l’école publique et particulièrement à ceux dont la culture familiale est éloignée de celle de l’école ? Les évaluations internationales ont pourtant déjà alerté sur la corrélation entre les inégalités scolaires et les inégalités sociales et sur la difficulté des élèves français non pas à déchiffrer, mais à lire –  c’est-à-dire comprendre – des textes écrits.   

Choisir maintenant, sous couvert de « modernité », un retour à cette conception des apprentissages, acte le renoncement à l’ambition d’une école émancipatrice pour tous et toutes. Ce programme ministériel s’inscrit dans une vision utilitariste et archaïque de l’école que nous dénonçons.

Les signataires de cette tribune portent l’exigence d’une école dans laquelle des enseignant-es seraient sérieusement formé-es notamment à un enseignement de la lecture efficace et émancipateur, ce qui les conforterait dans leur capacité à opérer, dans la vie quotidienne de chaque classe, les choix pédagogiques et didactiques les plus pertinents et ce, afin de porter l’ambition de former des lecteurs intelligents et critiques permettant la construction d’un citoyen libre et  éclairé. »

Signataires :

AFEF Association Française des Enseignants de Français

CGT 

FCPE 

GFEN Groupe Français d’Education Nouvelle

ICEM Institut Coopératif de l’Ecole Moderne

La Ligue de l’Enseignement

SE-UNSA

SGEN-CFDT

SIEN-UNSA

SNPI-FSU

SNUipp-FSU

SUD-Education

L'Obs
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181107.OBS5050/monsieur-blanquer-nous-ne-voulons-pas-d-une-ecole-archaique.html?xtor=RSS-78
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Violences scolaires : « Blanquer revient à un peu plus de raison »

Ce sera donc un plan d’action en deux temps. En réponse au sentiment d’abandon exprimé par de nombreux professeurs avec le hashtag #Pasdevague, Jean-Michel Blanquer a annoncé ce mercredi matin un ensemble de mesures destinées à apaiser le climat dans les établissements difficiles, qui pourront être mises en oeuvre dès la rentrée des vacances de la Toussaint.

Restant centré sur les aspects purement scolaires, il a laissé au gouvernement le soin de formuler d’ici le 15 décembre d’autres mesures, telle que la création d’établissements spécifiques pour les polyexclus – des mesures plus polémiques et plus compliquées à mettre en oeuvre car elles impliquent plusieurs ministères (Education, Justice, Intérieur) et les collectivités territoriales.

Stéphane Crochet, secrétaire général SE-Unsa, second syndicat enseignant, réagit à ces annonces. 

Groupe de travail, enquête de victimisation, procédures simplifiées… Que pensez-vous des annonces de Jean-Michel Blanquer ?

Après une première série d’annonces tonitruantes, simplistes, magiques, il semblerait qu’il soit revenu à un peu plus de raison ! Le ministre s’est replacé dans la réalité du monde éducatif et admet qu’il faut prendre le temps de construire des solutions. C’est ce qui s’exprime à travers la création d’un groupe de travail sur la violence scolaire, confié à la rectrice Béatrice Gille. Ou avec le lancement d’une nouvelle enquête de victimation des enseignants et du personnel, qui doit être publiée en juin 2019.

Parmi les mesures annoncées, la présence « au cas par cas » d’un policier dans l’établissement, à la demande du chef d’établissement. Jean-Michel Blanquer semble plus modéré que le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner qui, la semaine dernière, proposait « des permanences de policiers ou de gendarmes »…

La présence ponctuelle, c’est ce qui se fait déjà et qu’il faut poursuivre. Les établissements scolaires ont tous un référent au sein de la police ou de la gendarmerie, le dispositif a été généralisé après les attentats. La relation est régulière dans les quartiers plus compliqués, et la police peut intervenir à l’intérieur de l’établissement s’il s’y passe un problème – un trafic de drogue par exemple. Autrement dit, on ne fait pas appel aux forces de l’ordre pour jouer l’intimidation, juste lorsqu’elles sont nécessaires. 

Parmi les annonces, il y a aussi la simplification des conseils de discipline, avec nombre d’intervenants réduit (6 au lieu de 14) et des délais de réunion raccourcis – ils sont aujourd’hui à 8 jours francs. Est-ce nécessaire selon vous ?

L’idée est très séduisante, mais il faudra toujours rester dans le cadre du droit. Il y aura donc toujours une forme de lourdeur, et une exigence de contradictoire. En réalité, pour de nombreux événements, insolences de la vie ordinaire, on ne devrait pas avoir besoin de recourir à un conseil de discipline. On peut faire ce qu’on appelle un conseil d’éducation, avec l’élève et l’enseignant, la famille, le CPE, qui aboutit à une sanction simple, comme une retenue. Le conseil de discipline ne doit intervenir que lorsqu’il y a transgression réelle du règlement intérieur, physique ou verbale, que celle-ci soit particulièrement intense ou plus modeste mais répétée.

#Pasdevague : « Avant d’organiser un conseil de discipline, on y réfléchit à deux fois »

D’où l’intérêt d’avoir un registre sur lequel sont inscrits les incidents et les réponses apportées ?

Ce registre existe déjà mais le fait qu’ils devienne une plateforme numérique, comme l’a annoncé Jean-Michel Blanquer, facilitera les choses. Après, l’important est surtout de voir quelle est la réponse apportée. Va-t-on par exemple répondre aux chahuts ordinaires, aux enseignants qui se sentent en difficulté et perdent la main ? Face à ces situations, les solutions se trouvent dans le collectif de travail. Ce n’est pas en signalant des incidents ponctuels et en apportant des réponses ponctuelles qu’on rétablit un climat scolaire. La stabilité des équipes est une question importante, la formation des enseignants également… Nous voulons aussi travailler là-dessus avec le ministre, si sa motivation à co-construire est réelle et sincère.

Prévention, dialogue et mixité sociale… 3 pistes pour rétablir l’autorité à l’école

Pour renforcer la cohérence des équipes, est-ce que l’autonomie de recrutement des chefs d’établissements est une piste qui pourrait également être explorée ?  

Je ne le pense pas. Et ce n’est pas du dogmatisme. Notre système éducatif recrute les enseignants par concours. Si le chef d’établissement fait son marché, où mettra-t-on ceux qui n’ont pas été choisis ? Autant il est important que les profs adhèrent au projet d’établissement et candidatent sur un poste qui leur convient, autant il ne me paraît pas une bonne idée que le chef d’établissement les recrute lui-même. J’ajouterais que le recrutement n’est pas l’alpha et l’omega de la construction d’une équipe quand on sait à quel point les équipes sont mouvantes. Elles se construisent autour du projet. On aurait donc davantage intérêt à venir accompagner les équipes dans la définition de ce projet.

Propos recueillis par Morgane Bertrand

Morgane Bertrand
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181031.OBS4763/violences-scolaires-blanquer-revient-a-un-peu-plus-de-raison.html?xtor=RSS-78
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