La Région lance son plan d’action pour tourner la page de l’illettrisme

Yvette a 60 ans. Et toute une vie de labeur derrière elle. Mais elle n’aura pas de retraite. « Elle vient d’apprendre qu’elle n’a jamais été déclarée », explique Anne Vinérier, docteure en sciences de l’éducation et spécialiste de l’illettrisme. Yvette ne savait ni lire ni écrire. Elle ne pouvait pas s’en apercevoir.

Aujourd’hui, elle apprend. Ou plutôt, elle réapprend. C’est ainsi que la chercheuse l’a rencontrée, et peut raconter désormais son histoire comme celle de dizaines d’autres personnes, qui, malgré leur scolarisation, n’ont jamais réussi à maîtriser la lecture et l’écriture.

Invisibles, mais nombreux

Ces invisibles, qui réussissent souvent à cacher cet échec d’apprentissage durant de longues années, représentent 7 % de la population française. L‘estimation pour la région Occitanie est du même ordre : soit 241 000 personnes au total. Pour moitié, on les trouve en zone rurale. Pour moitié, ces hommes et ces femmes ont plus de 45 ans, pour moitié, encore, ils travaillent, malgré tout.

Les chiffres sont également marquants chez les jeunes. A 17 ans, ils sont 10 % en Occitanie, à connaître des difficultés de lecture. Juste au sortir de la scolarité obligatoire, sur le point de rentrer dans le monde du travail, 4,3 % sont illettrés.

Réapprendre à lire et à écrire.
Réapprendre à lire et à écrire. – S. W.

C’est donc bien pour tenter de faire face à une problématique importante que se sont réunis mardi à Montpellier 150 professionnels et bénévoles. A l’invitation du Centre de ressources de lutte contre l’illettrisme et pour l’alphabétisation de l’Hérault (Cria34, association Ad’oc conseil), ils se sont penchés sur une question un brin provocatrice : “Savoir lire, écrire et compter est-ce bien utile pour le travail ?”.

Tous luttent au quotidien contre l’illettrisme. Tous connaissent la difficulté à repérer les intéressés, à gagner leur confiance et à les amener à parler malgré la honte qu’ils peuvent ressentir. Tous décrivent ces « déclics » qui peuvent les décider (une minorité à l’heure actuelle) à prendre le risque de réapprendre, après des expériences parfois traumatisantes. « Rien n’est perdu », insiste Magali Bort, la directrice du Cria 34.

Avec un dispositif de lutte et de prise en charge réinventé (lire ci-dessous), l’Occitanie entend en tout cas renouveler les modalités de lutte dans la région. Et ramener un maximum de personnes vers la maîtrise des compétences de base. Qu’il s’agisse du langage oral et écrit, du fait de compter ou de se situer dans l’espace et dans le temps. Des notions nécessaires à la vie courante, dont la méconnaissance peut entraver l’existence au quotidien.

Comment passer son permis ?

Comme lire une histoire à son enfant ? Comment passer son permis de conduire ? Remplir des documents administratifs simples ? Se rendre à un rendez-vous à un endroit que l’on ne connaît pas ?

Anne Vinérier cite en exemple Hassina. Elle a dessiné sa démarche vers le lire et l’écrire comme une rude remontée vers la lumière. Illettrée plongée en plein « mythe de la caverne » : « Ne pas savoir écrire, ni lire, ni compter, c’est vivre dans l’obscurité ». Et de se figurer se hissant et hissant ses enfants, via d’étroits chemins souterrains, vers l’extérieur.

Il faut fuir misérabilisme et caricature, souligne la chercheuse. Elle souligne au contraire la dignité des apprenants. L’importance de l’accompagnement, de la valorisation des savoir-faire qu’ils ont développés. Avec pour seule intention de faire passer de l’échec et d’un enfermement humiliant à une renaissance. Car c’est bel et bien ce que décrivent ceux avec lesquels Anne Vinérier travaille : « Cela touche à l’existence, pas seulement à l’accès à l’emploi. »

Utiliser le bon mot

La confusion est souvent faite entre analphabétisme et illettrisme. Il s’agit pourtant de deux notions différentes, aux prises en charge elles aussi différentes.
Les personnes analphabètes n’ont jamais appris à lire et à écrire. Parce qu’elles n’ont jamais été scolarisées ou qu’elles viennent d’une culture orale, par exemple. La prise en charge de ce type d’apprentissage est gérée par l’État.

Les personnes illettrées, elles, sont allées à l’école en France et ont suivi un apprentissage de la lecture et de l’écriture, qui n’a pas fonctionné. Elles n’ont pas acquis les compétences de base permettant d’être autonome dans des situations simples. Les causes sont souvent multiples : problèmes sociaux (cartes de la pauvreté et de l’illettrisme correspondent), de santé (dyslexie, dyspraxie, surdité, non détectées), difficultés familiales… Dans ces cas, il est possible de réapprendre, mais différemment. La compétence sur ces formations revient aux Régions.

Enfin, pour les gens nécessitant une formation de français langue étrangère, (FLE), il s’agit encore d’un autre cas.

Source: https://www.midilibre.fr/2019/02/13/la-region-lance-son-plan-daction-pour-tourner-la-page-de-lillettrisme,8011635.php
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