Projet de loi Blanquer : non, les « pions » ne vont pas s’improviser enseignants

Si vous pensiez que les surveillants allaient faire cours à vos enfants, rassurez-vous : il s’agit d’un malentendu. Annoncé le 15 octobre dernier, le projet de loi « Pour une école de la confiance » porté par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, sera débattu à l’Assemblée nationale ce 11 février. Parmi ses dispositions, celle de confier des fonctions d’enseignement aux assistants d’éducation (AED) – aujourd’hui uniquement les surveillants – s’ils préparent les concours de l’enseignement. Question : les « pions » vont-ils faire cours aux élèves ? Non ! Explications.

« Découvrir le métier progressivement »

Tout dépend de ce qu’on entend par « AED ». Ce statut, celui des « surveillants » à proprement parler, est récupéré pour servir « d’enveloppe juridique » au statut d’étudiants inscrits dans une formation préparant aux concours d’enseignant ou de CPE qui se verront confier des missions d’enseignement. Édouard Geffray, directeur général des ressources humaines des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement, assure :

« L’AED est une forme de contrat. Nous n’allons pas demander aux surveillants d’enseigner. »

C’est bien ce qu’il est écrit dans l’article 14 du projet de loi :

« L’article 14 permet à des assistants d’éducation inscrits dans une formation préparant aux concours d’enseignant ou de CPE de se voir confier des missions d’enseignement. Il s’agit de leur permettre de se familiariser tôt avec la pratique afin de leur permettre d’affiner leur choix et d’être mieux préparés à leur métier. En effet, les études montrent que la formation des enseignants est d’autant meilleure qu’elle a commencé tôt et qu’elle est professionnelle. »

Les assistants d’éducation surveillants garderont leurs prérogatives. A l’inverse, ces nouveaux assistants d’éducation étudiants, concernés par l’article 14, n’ont pas vocation à surveiller les élèves dans les établissements. Seuls les titulaires d’une première année de faculté validée (une L1) pourront se voir proposer à leur arrivée en L2 un contrat à durée déterminée (CDD) de trois ans. Jusqu’au M1 donc, l’année précédant les concours.

« L’objectif est de recruter certains étudiants pour leur permettre de découvrir le métier progressivement », encourage Édouard Geffray, au ministère. Mais aussi de « permettre aux boursiers ou aux personnes précaires de pouvoir aller au bout de leurs études, sans avoir à jongler avec un travail alimentaire ». Le salaire de ce CDD étant « cumulable avec les bourses » et variant selon les années d’études. Pour 8 heures de présence dans l’établissement par semaine, le net mensuel est de 693 euros en L2, 963 en L3, et 980 en M1.

Cette proposition d’emploi sélective ne sera faite qu’à certains étudiants, dans certaines académies et certaines disciplines qui manquent d’enseignants. Un des objectifs de ce dispositif est bien de rendre plus attractif les études destinant aux métiers de l’enseignement, afin de créer davantage de vocations dans un secteur en crise.

« Cependant, il ne s’agit bien sûr pas de mettre des étudiants de deuxième année de licence seuls devant une classe entière », précise le projet de loi. L’idée est plutôt de « confier des responsabilités de façon graduelle et accompagnés par un tuteur ». En effet, chaque étudiant aura un établissement et un tuteur pour les trois années du contrat, explique t-on au ministère. Les responsabilités se feront plus importantes à mesure des années. Toujours dans le projet de loi :

« Par exemple, un L2 pourra faire du soutien scolaire, un L3 des APC (activités pédagogiques complémentaires) en petit groupe et en M1 un remplacement devant une classe. »

C’est peut-être là le seul lien avec les surveillants qui, dans les faits, peuvent en effet déjà être amenés à faire du soutien scolaire.

« Tout le monde n’est pas capable d’enseigner »

Le recrutement en amont n’est pas pour déplaire aux syndicats. Frédérique Rolet secrétaire générale du Snes-FSU, explique :

« Nous avons toujours demandé le pré-recrutement des étudiants qui s’engagent à passer les concours de l’éducation nationale. »

Mais l’idée d’une responsabilité pédagogique « précoce », elle, suscite l’inquiétude. Des étudiants dès le M1, avant la fin de leur formation, pourront en effet se retrouver seuls, face aux élèves. Ce qui soulève les questions suivantes : peut-on confier une classe à quelqu’un qui n’est pas encore officiellement diplômé pour l’animer ? Et ne risque t-on pas de voir des étudiants remplacer des enseignants au pied levé ? Parce que c’est bien de remplacement dont il s’agit dans un amendement du projet de loi.

Laurent Alexandre, secrétaire fédéral du Sgen-CFDT en charge de la formation enseignant, lance :

« Encourager la pré-professionnalisation oui, le compagnonnage, non. Sans parler du fait que, non, on ne peut pas confier de telles responsabilités pédagogiques à des étudiants avant même qu’ils ne passent leur concours. Cette proposition est une mauvaise solution à un vrai problème de recrutement. »

« Des étudiants, qui n’ont pas été encore au bout de leur formation et qui ne sont pas diplômés, seront donc amenés à faire cours à une classe entière avant l’heure. C’est sous-estimer l’utilité de la formation », s’inquiète à son tour Frédérique Rolet.

De son côté, Valentin Albert, responsable national des AED pour le Snes-FSU, redoute de l’émergence d’assistants d’éducation « corvéables », amenés à « boucher les trous », et qui n’auraient en plus pas encore les codes d’« un vrai métier, plein de subtilités » :

« Tout le monde n’est pas capable d’enseigner, il ne faudrait pas transformer des étudiants en personnel de remplacement à moitié prix. »

Barbara Krief

Source: https://www.nouvelobs.com/education/20190211.OBS10544/projet-de-loi-blanquer-non-les-pions-ne-vont-pas-s-improviser-enseignants.html?xtor=RSS-78
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