« Les BTS ont été un outil de promotion sociale pour la jeunesse populaire et rurale »

Les BTS et les IUT n’occupent pas les mêmes places dans l’enseignement supérieur, et leurs étudiants ont des profils très différents, remarque Sophie Orange, sociologue.

Par Isabelle Dautresme Publié aujourd’hui à 05h00

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Sophie Orange est maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Nantes. Spécialiste des questions d’orientation et de choix scolaires dans l’enseignement supérieur, elle est l’auteure notamment de L’Autre Enseignement supérieur. Les BTS et la gestion des aspirations scolaires (PUF, 2013).

On rapproche souvent les BTS et les IUT. Vous dites que ces deux formations de niveau bac + 2 sont très différentes. Pourquoi ?

Lors de leur création – en 1959 pour les BTS et en 1966 pour les IUT –, ces deux formations avaient les mêmes objectifs : produire les cadres intermédiaires dont manquait l’économie et réguler l’entrée dans l’enseignement supérieur des nouveaux étudiants issus de la massification scolaire. Il était prévu que les IUT supplantent les BTS. Plus de cinquante ans après leur création, ces deux formations continuent de coexister mais elles n’occupent pas la même place dans l’enseignement supérieur, et le profil de leurs étudiants est très différent. En effet, face à la concurrence des IUT, les BTS ont affirmé leur affiliation directe à l’enseignement technique secondaire. Ils ont joué la carte de la banalisation et du refus de l’élitisme et ont cherché à attirer des bacheliers technologiques, puis professionnels, en baissant le niveau exigé à l’entrée. A l’inverse, les IUT, implantés dans les universités, ont clairement revendiqué leur appartenance aux études supérieures. Ils recrutent des étudiants pour la plupart issus de bacs généraux, avec des profils sociaux et scolaires supérieurs à ceux des BTS.

A partir de quand les effectifs des BTS ont-ils augmenté ?

Dès les années 1980, le nombre de BTS a fortement augmenté. Ils se sont déployés dans de nouveaux territoires – lycées de villes moyennes et gros bourgs ruraux – et ont multiplié les spécialités. C’est une formation qui est relativement facile à monter pour les lycées et qui offre une vitrine intéressante. Cela a créé un appel d’air pour les jeunes de milieux populaires et de zones rurales, qui ont souvent plus de mal à faire le déplacement géographique, mais aussi symbolique, vers l’université. En ce sens, les BTS ont largement contribué à la massification de l’enseignement supérieur. Ils ont fait, et font encore le jeu de la promotion scolaire et sociale.

Vous avez mené une enquête auprès d’élèves de terminale de l’académie de Nantes sur leurs choix d’orientation. Vous dites que les IUT ou les BTS relèvent souvent de « choix raisonnables ». Qu’entendez-vous par là ?

Source: https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/11/les-bts-ont-ete-un-outil-de-promotion-sociale-pour-la-jeunesse-populaire-et-rurale_5421825_4401467.html
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