«Clitrevolution», «Tasjoui» … L’éducation sexuelle décomplexée débarque sur Instagram

Ces dernières années, plusieurs comptes sont nés sur Instagram ou YouTube pour parler de sexualité de manière décomplexée et encourager la parole des jeunes sur un sujet toujours tabou.

“Pour prendre son pied, pas besoin d’être souple, il suffit de communiquer”. Ainsi débute la présentation de la chaîne YouTube “Sexpedition”. Depuis 2016, Salomé, 25 ans, explore des sujets souvent tabous dans des vidéos de moins de cinq minutes, intitulées «Être soumis ou dominant, kesako?», «Point G et femme fontaine», ou encore «Hymen et premières fois». Face caméra et sans complexes, elle tutoie ses 10.000 abonnés et s’adresse à eux d’un ton direct et légèrement décalé. «Je ne suis pas là pour te faire un tuto ‘tripatouillage’, mais pour te donner quelques clés pour que ça se passe au mieux», annonce-t-elle au début de sa vidéo sur la masturbation, qu’elle décrit comme «une façon d’apprendre à aimer son corps». Et aussi atypique que sa «ligne éditoriale» puisse paraître, Salomé n’est pas seule.

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Au cours des dernières années, la toile a vu naître une dizaine de sites sur Instagram («clitrevolution», «tasjoui», «jouissanceclub» …) et sur YouTube («Sexysoucis, …). Leur point commun: répondre à des questions inhabituelles telles que «Quelle est la différence entre cis et hétéro?» ou «Est ce qu’il y a beaucoup de femmes dont les petites lèvres dépassent des grandes?». Si ce type de comptes existait déjà à l’étranger, comme celui de la Youtubeuse américaine «Lacygreen», ils sont plus récents en France. Leur audience est majoritairement composée de jeunes entre 18 et 30 ans, dont environ 60% de femmes. «On ne s’attendait pas du tout à avoir autant de succès», s’étonne encore Elvire Duvelle-Charles, dont le compte instagram «clitrevolution» créé en 2018 vient de passer la barre des 25.000 abonnés. «Nous ne sommes pas médecins, ni gynécologues ou sexologues, prévient-elle en préambule. Notre démarche permet seulement à des jeunes d’échanger sur des sujets qu’ils n’osent pas aborder habituellement, et de prendre conscience de certains enjeux ou problèmes médicaux».

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Changer l’image de la sexualité véhiculée par la pornographie

Depuis 2001, au moins trois sessions d’éducation sexuelle annuelles sont obligatoires dans les collèges et les lycées. Mais le cadre scolaire ne peut pas toujours répondre à toutes les questions que se posent les jeunes, comme l’explique Philippe Rougier, un médecin retraité qui intervient en milieu scolaire avec l’association Sésame pour aborder la sexualité avec les élèves. «Dans une classe d’une vingtaine d’élèves, on ne peut pas entrer dans les détails car tout le monde ne se développe pas à la même vitesse. Il faut respecter une certaine pudeur» souligne-t-il.

Pour se protéger du jugement des autres, ou encore de l’humiliation, les jeunes préfèrent alors se tourner vers Internet, voire vers la pornographie, comme le montre l’étude «Intimité et sexualité en ligne à l’adolescence» publiée par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) au mois d’octobre. Sur internet, le porno est même devenu «le premier contact des jeunes avec la sexualité, dès 9 ou 10 ans», remarque Philippe Rougier. Ce qui pose problème selon lui: «On leur vole la découverte d’une relation harmonieuse et respectueuse, dans laquelle on apprend progressivement» dit-il. Selon le médecin, ces comptes d’éducation sexuelle sur les réseaux sociaux peuvent donc être une belle alternative à la pornographie parfois utilisée comme outil pédagogique. «Quand on consomme du porno on peut vite le prendre comme référence pour sa propre vie sexuelle, mais ce que tu vois, ce n’est pas forcément ce qui va faire kiffer ton ou ta partenaire», explique d’ailleurs Salomé dans une vidéo dédiée.

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Faciliter la communication

Du côté des abonnés, le constat est plutôt positif: par écrans interposés, ils osent et communiquent davantage. «La force de ces comptes, c’est la communauté qui existe tout autour. Il déclenche une certaine facilité à interagir avec les autres abonnés et à poser des questions, sans filtre», remarque Mickaël, abonné à «clitrevolution», «tasjoui», ou encore «mercibeaucul» sur Instagram. Le jeune homme de 24 ans a même fait découvrir certains comptes à sa copine.

Après avoir découvert qu’elle souffrait de vaginisme (une contraction involontaire des muscles du périnée qui rend la pénétration douloureuse) lors d’une consultation gynécologique, Roxanne, 20 ans, a décidé de contacter Elvire Duvelle-Charles, de «clitrevolution». «En lisant les réponses des abonnées, je me suis rendu compte que c’était le cas de beaucoup d’autres femmes. Si j’avais eu connaissance de cette maladie auparavant, j’aurais pu en parler librement, la faire diagnostiquer et commencer ma thérapie plus tôt», regrette-t-elle. Elle espère ainsi que son témoignage aidera d’autres personnes.

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‘Suis-je normal?’

Diane Saint Réquier (33 ans), fondatrice du blog «Sexysoucis» et bénévole pour une association de lutte contre le sida, a d’abord été interpellée par les nombreuses sollicitations de ses proches sur le sujet. «J’ai commencé par créer un compte ‘ask’, une plate-forme sur laquelle chacun peut se poser des questions anonymement, mais j’ai vite été dépassée par mon succès». La jeune femme a alors lancé son blog en 2015, et réalise depuis un an des vidéos de quelques minutes face caméra pour France TV Slash, la plateforme numérique de France Télévision dédiés aux jeunes adultes. «Pour le choix des sujets, tout part des questions que les gens nous posent sur le site ou sur Twitter» explique-t-elle.

Partir de l’expérience des jeunes, c’est aussi la démarche d’Elvire, qui a créé «Clitrevolution» sur Instagram avec Sarah Constantin. «Plutôt que de livrer une ‘leçon’, on commence par poser des questions aux abonnés sur un sujet donné grâce à la fonctionnalité ‘Story’ d’Instagram» explique-t-elle. Elles publient ensuite les réponses et témoignages, toujours en story, avant de les récapituler et d’apporter ensuite des éléments de contexte fondés sur leurs recherches ou sur leur propre expérience.

«Quand on croise les témoignages des autres abonnés, on s’aperçoit vite que ce qu’on pensait être notre complexe est en fait partagé par beaucoup de monde» constate Elvire. «La question sous-jacente à tous les messages d’abonnés qu’on reçoit, c’est ‘Suis-je normal?’» remarque également Salomé, qui explique cela par les tabous souvent entretenus autour du sexe. «On devrait pourtant pouvoir en parler à nos proches sans devenir tout rouge!» s’exclame Roxanne. En plein «boom», ces différents comptes n’ont pas l’intention de s’arrêter là: l’équipe de «clitrevolution» prépare actuellement une série documentaire qui sortira au début du mois de mars sur France TV Slash, tandis que Salomé, de la chaîne YouTube «Sexpedition», aimerait créer un podcast sur l’amour et la sexualité.

Source: http://etudiant.lefigaro.fr/article/sur-les-reseaux-sociaux-des-comptes-dedies-a-l-education-sexuelle-liberent-la-parole-des-jeunes_307a1166-20b4-11e9-b99e-e9f72f91e3d1/
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