Lycéens et étudiants rêvent de faire converger les luttes avec les « gilets jaunes »

« On a rien à perdre. Il faut qu’il se rende compte que ça va péter ». Les mots sont durs, mais l’ambiance, joyeuse. Autour de la fontaine Saint-Michel, le point de ralliement de la manifestation parisienne, des lycéens peignent encore leurs slogans sur des banderoles traînant par terre, un autre chante dans son mégaphone « Macron démission ». Ils manifestent ce 11 décembre en réponse à l‘appel au « mardi noir » du syndicat lycéen UNL, un appel d’ailleurs dénoncé par Frédéric Vidal. 

Il est midi et après une matinée à bloquer leurs établissements, les étudiants réunis en cortège ne vont pas tarder à s’élancer. Chaque groupe qui vient faire grossir la foule est acclamé à son arrivée. Pour beaucoup ici, c’est la première manif. On tente de se rassurer. « Tu dis à tes parents que c’est encadré, il y a la police, c’est bon ». Effectivement, le millier de manifestants marchera pendant trois bonnes heures sans incident. 

« C’est le moment, ça va péter » 

Comme plusieurs centaines de lycéens et d’étudiants, Lana proteste notamment contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors de Union européenne et contre la sélection. « Quand j’ai vu en AG la semaine dernière que le mouvement reprenait, j’étais trop contente. C’est le moment, tout est en train de péter en même temps. Les blocages ont pris d’un coup », s’enthousiasme-t-elle. 

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Pour ces étudiants, pas question de laisser passer une telle opportunité de faire « converger les luttes ». D’ailleurs, dans le cortège, certains ont mis leur gilet jaune. C’est le cas de Simon, étudiant en philosophie, qui considère que le mouvement de contestation étudiant « a vocation à rejoindre les ‘gilets jaunes' ».

« Le ‘gilet jaune’ symbolise la lutte contre la précarité, contre le chômage contre le fait de pas pouvoir bouffer correctement. C’est pour ça que je l’ai mis. »

Convergence des luttes 

Plusieurs jeunes manifestants entendent profiter du mouvement des « gilets jaunes » pour amener la contestation étudiante dans la rue. « Au printemps, avec les blocus, le mouvement était assez enfermé dans les facs avec finalement assez peu de monde dans la rue, analyse Simon. Là, au contraire, on en parle, on essaye d’être le plus nombreux à manifester ». 

Samuel, étudiant de Tolbiac, prône lui aussi une généralisation du mouvement, même s’il se bat principalement contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne. « On est en train de couper la tête de la fac, en train d’en faire un lieu de plus en plus élitiste et inégalitaire. La fac ne doit pas avoir de frontière, ce n’est pas le lieu pour des politiques xénophobes », estime-t-il. 

« Dans le contexte des ‘gilets jaunes’, je pense qu’il faut mener de front tous les combats. La colère qui s’exprime actuellement, non seulement on la comprend, mais on la partage ».

« Soutien à Mantes-la-Jolie »

A mi-chemin du parcours, le cortège passe devant un chantier. « Etudiants, ouvriers, solidarité ! », entonnent alors les manifestants. Quelques minutes auparavant, on donnait de la voix contre Parcoursup. Si les revendications sont variées – démission d’Emmanuel Macron, grève générale, suppression de la sélection à l’université et de la réforme du lycée – une met tout le monde d’accord. Et il suffit qu’une étudiante, sur les épaules d’une autre, crie soudain « Soutien à Mantes-la-Jolie ! « , pour qu’une centaine de corps s’agenouillent d’un coup. Cette scène se reproduira plusieurs fois pendant le parcours. Les images de l’arrestation humiliante de plusieurs dizaines de jeunes sont encore dans toutes les têtes. 

« Pas un mot pour les étudiants » 

Comme les ‘gilets jaunes’, plusieurs étudiants soulignent « le mépris d’Emmanuel Macron ». « Déjà avec Hollande et Sarkozy, il y avait un fossé entre la population et les dirigeants. Avec Macron, c’est encore pire », avance Robin, étudiant en mathématiques venu avec son gilet jaune sur les épaules. 

L’allocution du président de la République n’a pas été de nature à apaiser les esprits. « Macron, sors le pognon, pas les violons », peut-on lire sur une des pancartes. « Il n’a pas eu un seul mot ni pour les lycéens ni pour les étudiants », lâche, dépité, Ismaël, un étudiant de 18 ans. Et sur les annonces du président, comme la revalorisation du SMIC via la revalorisation de la prime d’activité, on ironise volontiers : « 100 balles et un Mars, c’est ça non ? ». 

Mahaut Landaz
Source: http://www.nouvelobs.com/societe/20181211.OBS6984/lyceens-et-etudiants-revent-de-faire-converger-les-luttes-avec-les-gilets-jaunes.html?xtor=RSS-13
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