Anxiolytiques, antidépresseurs… Sept étudiants sages-femmes sur 10 sont dépressifs

Confrontation à la mort, pression, maltraitance en stage, une étude annuelle révèle ce mercredi l’état de santé des étudiants sages-femmes. Les conclusions sont alarmantes.

Un malaise préoccupant. D’après l’étude annuelle réalisée par l’Association nationale des étudiants sages-femmes (l’ANESF), 41% d’entre eux ont vu leur santé «dégradée» ou «fortement dégradée» depuis leur entrée en formation. «Nous sommes atterrés par la situation, et les chiffres aussi forts», confie au Figaro Julie Kerbat, présidente de l’ANESF. Elle constate que «sept étudiants sur 10 sont en dépression, légère, modérée ou sévère». Cet état pousse 11% de ces élèves à consommer des antidépresseurs ou anxiolytiques, et 20% à demander le secours d’un psychologue.

Si le taux de stress est de 51% dans la population étudiante générale, il atteint 80% parmi les étudiants en maïeutique (couramment appelés sages-femmes). Ce chiffre grimpe au fur et à mesure du cursus. Sur une échelle de 1 à 10, les étudiants sages-femmes placent l’intensité de leur stress à 7. Plus de la moitié des effectifs sollicités ont répondu au questionnaire, entre mars et avril dernier. Parmi les résultats diffusés au grand public ce mercredi 5 décembre, figurent quelques témoignages chocs.

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Des stages très pressurisants

«Crise de panique avant d’aller en stage: palpitations, pleurs, tremblements, cris», raconte une élève. Après leur année de Paces, expérience déjà chargée en adrénaline, les apprentis sages-femmes sont rapidement propulsés dans l’univers hospitalier. Ils sont généralement en stage dès la deuxième année, et parfois même dès l’année suivant le concours de médecine. Ces expériences professionnelles sont la première cause de stress. «Notre métier est très beau mais rempli d’affect, on côtoie la vie et la mort en continu. Les émotions sont décuplées, c’est difficile de s’en détacher quand on est précipité très jeune dans le monde de l’hôpital», concède la présidente de l’ANESF.

«La moindre erreur peut occasionner une remise en cause de toute leur orientation de la part de leur hiérarchie».Julie Kerbat, présidente de l’ANESF

Les étudiants redoutent massivement les situations d’urgence et/ou chargées en émotion, comme le décès d’une mère ou d’un nouveau-né, révèle l’enquête. Veille de première garde, arrivée dans un service hospitalier, première réanimation, etc. Les premières fois occasionnent une grande appréhension. Pour Julie Kerbat, «il serait souhaitable d‘organiser un temps de présentation du service et de l’équipe avant les stages». Elle ajoute que les conditions d’évaluation des stagiaires sont largement responsables de leur anxiété. «Les étudiants ont une pression considérable, ils sont sans cesse évalués, et l’urgence en continu exige des réactions rapides. La moindre erreur peut occasionner une remise en cause de toute leur orientation de la part de leur hiérarchie».

Maltraitance en stages

«Parfois, j’ai la sensation en stage que comme je suis étudiante je ne suis pas humaine, il ne faut surtout pas se mélanger avec moi», confie une autre élève. Les étudiants sont nombreux à dénoncer le manque de considération au sein des équipes médicales. Et 61% d’entre eux se disent maltraités. Gestes violents ou déplacés, remarques rabaissantes et humiliantes portant sur le sexe, le physique ou le statut des étudiants (leurs connaissances et compétences) seraient monnaie courante.

«C’est inquiétant et pesant dans la vie quotidienne»Une étudiante sage-femme

«Il manque un réel soutien psychologique dans notre formation», témoigne une jeune apprentie sage-femme, déclarant que «c’est inquiétant et pesant dans la vie quotidienne». La jeune femme avoue consommer des anxiolytiques. L’ANESF suggère de créer un statut de maître de stage pour les sages-femmes volontaires, et une formation pédagogique pour encadrer les étudiants. L’association propose également une plateforme d’évaluation de ces tuteurs. Des enseignements portant sur le savoir être, relation aux patients ou aux professionnels de santé, pourrait également être envisagée pour prévenir le malaise des étudiants. L’ANESF propose d’instaurer des exercices de simulation en santé et jeux de rôle.

Julie Kerbat ajoute que certaines écoles ont créé des bilans de stage collectifs (plus rarement individuels), encadrés par des psychologues ou des sages-femmes enseignants. «Malheureusent, peu de choses ont vraiment changé, regrette-t-elle. On observe les mêmes problématiques et les mêmes revendications depuis des années.» Celles-ci persistent dans le monde professionel, où les sages-femmes déplorent le «manque de considération de leur hiérarchie et de la société», constate la présidente de l’ANESF. Une démocratisation de tous ces outils permettra peut-être d’améliorer le sort des étudiants sages-femmes, dont 27 % ont déjà envisagé d’arrêter leurs études.

Source: http://etudiant.lefigaro.fr/article/anxiolytiques-antidepresseurs-sept-etudiants-sages-femmes-sur-10-sont-depressifs_5770f0f4-f86f-11e8-b708-809203d3fe49/
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