Sophia, 27 ans, titulaire d’un master 2 et stagiaire à durée indéterminée

VOS TÉMOIGNAGES – Sophia, une jeune femme de 27 ans titulaire d’un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle, enchaîne depuis quatre ans les stages et les périodes de chômage.

Ce 10 novembre, la journée internationale des stagiaires devrait attirer l’attention sur le problème des jeunes qui enchaînent des stages, sans jamais décrocher un emploi. C’est le cas de Sophia, 27 ans qui a publié sur Linkedin une tribune intitulée «Cessons de réduire en esclavage les jeunes diplômés», où elle décrit son parcours, s’insurge contre ces organismes privés qui vendent des conventions de stage, et déplore la paupérisation des diplômés. Depuis 2014, la jeune femme a alterné les recherches d’emploi et les stages de longue durée. À ce jour, elle en a effectué trois de six mois. Il y a quatre ans pourtant, cette jeune femme quittait les bancs de l’université avec en poche un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle obtenue avec mention. Mais très vite, Sophia s’est rendu compte que son secteur d’activité était bouché, ce que «ni les professeurs ni les professionnels» ne lui avaient expliqué avant.

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«Je constate donc que les stages ne sont pas réservés aux étudiants qui sont en cours de cursus, mais bien à des jeunes diplômés»Sophia

Les stages de Sophia n’ont jamais donné lieu à une proposition d’embauche. «Quand je demande aux employeurs, pourquoi ils ne m’ont pas retenue, ils me répondent que j’ai les qualités requises mais que j’habite trop loin ou que je n’ai pas assez d’expériences», explique la jeune file. Et d’ajouter: «C’est frustrant de se dire qu’une simple adresse me fait pencher du mauvais côté de la balance». D’autres raisons sont aussi avancées. Le dernier stage en date pour Sophia était même un emploi déguisé où elle remplaçait un congé maternité. «Je constate donc que les stages ne sont pas réservés aux étudiants qui sont en cours de cursus, mais bien à des jeunes diplômés», dit-elle. Quant au prochain, prévu dès février 2019, il présente le seul point positif de se trouver près de Nantes, là où elle vit dans un logement étudiant. Un vrai soulagement pour cette jeune femme qui jusqu’ici était obligée de retourner vivre chez ses parents, près de Chartres, à 50 km de Paris. «Pour mes précédents stages qui étaient en Ile-de-France, j’étais obligée de vivre chez eux, c’était la solution la moins chère», dit-elle. À l’époque la jeune fille faisait cinq heures de transport par jour. «Je partais à 5h et je rentrais à 20h, explique-t-elle encore.

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Pour vouvoir être stagiaire, il faut une convention de stage. Et pour une convention de stage il faut être inscrit à l’université, «dans une formation que tu ne comptes pas suivre, juste pour avoir une convention homologuée». Une formation que Sophia doit payer bien sûr. «Donc, pour faire un stage, je dois obligatoirement payer une inscription, soit payer pour travailler». Elle raconte: «Je me suis inscrite le mois dernier à l’Institut d’Études Judiciaires (IEJ). C’est une formation qui permet de se préparer au concours d’entrée à l’école d’avocat. On peut s’inscrire à l’IEJ sans passer obligatoirement le concours ni suivre les cours. C’est ce que je fais, car cela me permet d’avoir des conventions de stage. Je paie près de 500 euros en frais d’inscription»

Sophia aimeraient bien gagner sa vie. «Comme je n’ai pas d’argent, mes parents qui ne roulent pas sur l’or, me donnent 500 € par mois. Avec cela je ne peux pas avoir de projet, comme me marier, ou avoir des enfants». Et d’ajouter: «Je ne peux ni bénéficier des bourses étudiantes car j’ai déjà utilisé tous mes droits, ni prétendre au RSA car je suis encore considérée comme étudiante».

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Face à cette voie sans issue, Sophia s’est posée la question de la reconversion. «Je n’ai pas envie de passer de nouveaux concours et de jeter sept ans d’études à la poubelle, poursuit-elle. La perspective de me retrouver à nouveau à la fac ne plaît pas. Je me serais bien vue dans les ressources Humaines, mais a priori il n’y a pas beaucoup d’emplois non plus».

Et de conclure, amère: «En entretien, les employeurs me demandent régulièrement pourquoi cherchez-vous un stage plutôt qu’un emploi? Cette question est d’une stupidité. À chaque fois qu’on me la pose, j’ai envie d’étrangler (à prendre au second degré) mon interlocuteur».

Source: http://etudiant.lefigaro.fr/article/sophia-27-ans-titulaire-d-un-master-2-et-stagiaire-a-duree-indeterminee_f0b8cf96-e435-11e8-b5e1-a459b75ce5bd/
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