Elles racontent leur quotidien dans des écoles «traditionnellement masculines»

Dans beaucoup d’écoles d’ingénieurs et d’informatique, les hommes représentent entre 80 et 90% des étudiants. Comment les femmes vivent-elles la situation ? Des étudiantes racontent leur quotidien au Figaro.

Comment les jeunes filles parviennent à se faire une place dans des écoles où les garçons sont largement majoritaires? Si elles sont de plus en plus nombreuses dans les écoles d’ingénieurs (27 % en 2017 contre 20 % en 1991), les filles se concentrent dans les écoles d’agronomie (63 % à AgroParisTech). Dans les sciences dures (math, physique, info), les femmes peinent à faire leur place: 8% en sciences à l’ENS Ulm (chiffres 2013), 15,5 % à l’École polytechnique, 19% à CentraleSupélec Paris (selon L’Etudiant). Et dans les écoles de développeurs et de jeux vidéo, elles ne sont qu’une poignée par promotion, entre 5 et 10 % en moyenne. Comment vivent-elles la situation?

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«Quand j’ai annoncé à ma conseillère d’orientation que je voulais travailler dans l’informatique, elle a essayé de m’en dissuader en disant que c’était un milieu trop masculin», se souvient Dipty Chander, qui termine sa

«Quand je suis arrivée à l’Epitech pour la «piscine», j’ai d’abord pensé que les autres filles étaient dans d’autres groupes»Dipty, étudiante à Epitech

cinquième année à Epitech. Elle fait partie de la dizaine de filles de sa promotion, sur 500 étudiants au total. Pour Margaux*, qui vient de terminer sa quatrième année à l’École polytechnique, les filles qui intègrent l’école ont déjà un profil «particulier»: elles ont choisi de faire une classe préparatoire scientifique, puis l’École polytechnique. Autrement dit, des filières dans lesquelles les filles sont très minoritaires. «Dans les filières scientifiques, on a tendance à orienter davantage les filles vers la biologie, et les garçons vers l’informatique par exemple», confirme Sarah*, entrée à l’école 42 après avoir passé la période de test de la «piscine» (phase de sélection, ndlr).

Un humour «politiquement incorrect»

Le jour de la rentrée, la faible proportion de femmes dans l’école peut être un choc. «Quand je suis arrivée à l’Epitech pour la «piscine», j’ai d’abord pensé que les autres filles étaient dans d’autres groupes. Très vite, je me suis rendu compte qu’il n’y en avait en fait que très peu», raconte Dipty. Les étudiantes doivent ensuite s’intégrer dans une promotion où elles sont minoritaires. Cela passe par la participation à des conversations dans lesquelles elles ne sont pas toujours les bienvenues.

«Sur Discord (une messagerie instantanée, ndlr), on a une grande conversation de groupe sur laquelle on partage beaucoup de «memes» (images virales à caractère humoristique, ndlr). C’est souvent ‘politiquement incorrect’, avec des blagues parfois lourdes sur les femmes», raconte Sarah. Idem pour Lauriana, en troisième année en filière jeux vidéo à Lisaa, qui passe essentiellement ses journées avec un groupe de quatre garçons. «Souvent, je me fais interrompre, du coup je ne dis pas grand-chose. Je ne veux pas les embêter et j’ai peur de parler dans le vide», relate-t-elle. Un problème auquel n’a pas été confrontée Margaux à l’Ecole Polytechnique, où elle a constaté «une vraie écoute de tout le monde». «Je n’aime pas trop les blagues vaseuses, je l’ai vite fait comprendre. Ils n’en faisaient pas en ma présence», affirme-t-elle.

«Taper du poing sur la table»

Comment faire ses preuves dans un environnement traditionnellement considéré comme «masculin» Contrairement à Margaux, qui a plusieurs fois pris la tête de projets de groupe, Sarah a remarqué une forme de «paternalisme» chez ses camarades masculins à 42. Elle raconte: «Une fois, j’ai dû relire le travail d’un étudiant

« Je me sens moins obligée de porter une robe ou de me maquiller pour paraître féminine. Le but, c’est presque de mettre les vêtements les plus moches possible »Clara, étudiante à Centrale Supélec

moins expérimenté que moi. Il ne me prenait pas au sérieux, et ne comprenait pas que je puisse lui donner des conseils». «Lors des travaux de groupe, il ne faut pas se laisser faire, et ne pas hésiter à taper du poing sur la table pour se faire entendre», explique Dipty. Sa technique est d’être «très sèche», mais aussi d’expliquer fermement et concrètement quels sont les apports de sa proposition. Ainsi, elle évite d’être trop remise en question.

«Les garçons se contentent de dire ‘on fait ça’, ils ont moins à se justifier», raconte Dipty. Une atmosphère qui laisse donc peu de place à la timidité. L’association présidée par Dipty au sein d’Epitech, E-mma, a d’ailleurs mis en place un système de «marrainage»: des étudiantes plus âgées prennent sous leur aile les filles de première année pour leur donner des conseils.

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Pour gagner en légitimité, une autre «stratégie» consiste à travailler davantage, nous confie Sarah. «À 42, il y a une rumeur selon laquelle les femmes seraient admises plus facilement que les garçons. Et donc moins légitimes. Du coup, nous avons une pression supplémentaire pour prouver que notre place est ici», explique-t-elle. C’est aussi le cas de Lauriana, qui est l’une des meilleures de sa classe.

«J’ai été agréablement surprise par des étudiants très bienveillants, qui comprennent l’enjeu de la mixité dans l’école»Sarah, étudiante à l’école 42

Mais être en minorité n’est pas toujours négatif. «J’ai été agréablement surprise par des étudiants très bienveillants, qui comprennent l’enjeu de la mixité dans l’école, et plus largement dans le secteur de la tech», confie Sarah. De son côté, Dipty Chander affirme avoir trouvé beaucoup de soutien auprès de l’équipe pédagogique d’Epitech, et notamment du directeur, qui sanctionne les comportements déplacés des hommes. «On a beaucoup de chance de ce côté-là», reconnaît-elle.

Enfin, il y a également des aspects positifs à cet environnement masculin, comme le souligne Margaux: «On se fait de très bons amis avec qui les conversations sont parfois différentes et complémentaires de celles qu’on peut avoir entre filles, et c’est une richesse». De son côté, Clara*, à CentraleSupélec, se sent aussi plus libre de s’habiller comme elle l’entend. «Je me sens moins obligée de porter une robe ou de me maquiller pour paraître féminine. Le but, c’est presque de mettre les vêtements les plus moches possible», s’amuse-t-elle.

*Le prénom a été modifié

Source: http://etudiant.lefigaro.fr/article/elles-racontent-leur-quotidien-dans-des-ecoles-traditionnellement-masculines-_7b8b7a2a-deae-11e8-ba30-3ab75dcee0d5/
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