Violences scolaires : « Blanquer revient à un peu plus de raison »

Ce sera donc un plan d’action en deux temps. En réponse au sentiment d’abandon exprimé par de nombreux professeurs avec le hashtag #Pasdevague, Jean-Michel Blanquer a annoncé ce mercredi matin un ensemble de mesures destinées à apaiser le climat dans les établissements difficiles, qui pourront être mises en oeuvre dès la rentrée des vacances de la Toussaint.

Restant centré sur les aspects purement scolaires, il a laissé au gouvernement le soin de formuler d’ici le 15 décembre d’autres mesures, telle que la création d’établissements spécifiques pour les polyexclus – des mesures plus polémiques et plus compliquées à mettre en oeuvre car elles impliquent plusieurs ministères (Education, Justice, Intérieur) et les collectivités territoriales.

Stéphane Crochet, secrétaire général SE-Unsa, second syndicat enseignant, réagit à ces annonces. 

Groupe de travail, enquête de victimisation, procédures simplifiées… Que pensez-vous des annonces de Jean-Michel Blanquer ?

Après une première série d’annonces tonitruantes, simplistes, magiques, il semblerait qu’il soit revenu à un peu plus de raison ! Le ministre s’est replacé dans la réalité du monde éducatif et admet qu’il faut prendre le temps de construire des solutions. C’est ce qui s’exprime à travers la création d’un groupe de travail sur la violence scolaire, confié à la rectrice Béatrice Gille. Ou avec le lancement d’une nouvelle enquête de victimation des enseignants et du personnel, qui doit être publiée en juin 2019.

Parmi les mesures annoncées, la présence « au cas par cas » d’un policier dans l’établissement, à la demande du chef d’établissement. Jean-Michel Blanquer semble plus modéré que le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner qui, la semaine dernière, proposait « des permanences de policiers ou de gendarmes »…

La présence ponctuelle, c’est ce qui se fait déjà et qu’il faut poursuivre. Les établissements scolaires ont tous un référent au sein de la police ou de la gendarmerie, le dispositif a été généralisé après les attentats. La relation est régulière dans les quartiers plus compliqués, et la police peut intervenir à l’intérieur de l’établissement s’il s’y passe un problème – un trafic de drogue par exemple. Autrement dit, on ne fait pas appel aux forces de l’ordre pour jouer l’intimidation, juste lorsqu’elles sont nécessaires. 

Parmi les annonces, il y a aussi la simplification des conseils de discipline, avec nombre d’intervenants réduit (6 au lieu de 14) et des délais de réunion raccourcis – ils sont aujourd’hui à 8 jours francs. Est-ce nécessaire selon vous ?

L’idée est très séduisante, mais il faudra toujours rester dans le cadre du droit. Il y aura donc toujours une forme de lourdeur, et une exigence de contradictoire. En réalité, pour de nombreux événements, insolences de la vie ordinaire, on ne devrait pas avoir besoin de recourir à un conseil de discipline. On peut faire ce qu’on appelle un conseil d’éducation, avec l’élève et l’enseignant, la famille, le CPE, qui aboutit à une sanction simple, comme une retenue. Le conseil de discipline ne doit intervenir que lorsqu’il y a transgression réelle du règlement intérieur, physique ou verbale, que celle-ci soit particulièrement intense ou plus modeste mais répétée.

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D’où l’intérêt d’avoir un registre sur lequel sont inscrits les incidents et les réponses apportées ?

Ce registre existe déjà mais le fait qu’ils devienne une plateforme numérique, comme l’a annoncé Jean-Michel Blanquer, facilitera les choses. Après, l’important est surtout de voir quelle est la réponse apportée. Va-t-on par exemple répondre aux chahuts ordinaires, aux enseignants qui se sentent en difficulté et perdent la main ? Face à ces situations, les solutions se trouvent dans le collectif de travail. Ce n’est pas en signalant des incidents ponctuels et en apportant des réponses ponctuelles qu’on rétablit un climat scolaire. La stabilité des équipes est une question importante, la formation des enseignants également… Nous voulons aussi travailler là-dessus avec le ministre, si sa motivation à co-construire est réelle et sincère.

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Pour renforcer la cohérence des équipes, est-ce que l’autonomie de recrutement des chefs d’établissements est une piste qui pourrait également être explorée ?  

Je ne le pense pas. Et ce n’est pas du dogmatisme. Notre système éducatif recrute les enseignants par concours. Si le chef d’établissement fait son marché, où mettra-t-on ceux qui n’ont pas été choisis ? Autant il est important que les profs adhèrent au projet d’établissement et candidatent sur un poste qui leur convient, autant il ne me paraît pas une bonne idée que le chef d’établissement les recrute lui-même. J’ajouterais que le recrutement n’est pas l’alpha et l’omega de la construction d’une équipe quand on sait à quel point les équipes sont mouvantes. Elles se construisent autour du projet. On aurait donc davantage intérêt à venir accompagner les équipes dans la définition de ce projet.

Propos recueillis par Morgane Bertrand

Morgane Bertrand
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181031.OBS4763/violences-scolaires-blanquer-revient-a-un-peu-plus-de-raison.html?xtor=RSS-78
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