Pourquoi les vrais chiffres du brevet des collèges sont inquiétants

Tout le monde ou presque obtient son brevet ? Oui… mais grâce au contrôle continu ! Les 87.1% de collégiens lauréats de la session 2018, (dont 64.5% avec mention) cachent une réalité un peu plus inquiétante. Soit un taux de réussite aux épreuves finales du brevet de tout juste 47% ! C’est ce que révèle ce mercredi 24 octobre  la toute dernière étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), cette instance poil à gratter que le ministre Jean-Michel Blanquer a décidé – hélas – de supprimer.

Dans son « Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Ile-de-France », le Cnesco est allé chercher un indicateur fiable du niveau des élèves en fin de 3e. Il a donc collationné les résultats bruts du brevet – que tout le monde connaît, et qui prennent en compte le contrôle continu à 50% – et ceux, jamais publiés, de l’examen à proprement parler, composé d’un oral et de quatre épreuves de maths, de français, de sciences et d’histoire-géo.

Schizophrénie

Et surprise : ces résultats ne coïncident aucunement ! Alors que le taux de réussite du brevet en Ile-de-France est officiellement de 87.3% (chiffres 2017), les candidats de l’enseignement public obtenant la moyenne aux épreuves terminales ne sont que 42.8% ! Ce qui témoigne, au choix, du peu d’implication des élèves dans cet examen sans enjeu ou de la schizophrénie des enseignants, capables de noter sèchement des copies anonymes, tout en surnotant leurs propres élèves tout au long de l’année.

Les chiffres du Cnesco, qui a opéré une analyse très fine des résultats, collège par collège, indiquent par ailleurs que les performances et les pratiques de notation varient considérablement selon les établissements. Si le contrôle continu ne permettait pas de redresser les notes, le taux de réussite aux épreuves atteindrait 57% dans les collèges favorisés de Paris ou des Hauts-de-Seine (ce qui est déjà très peu…), mais ne dépasserait pas 25% dans les territoires les plus défavorisés : 23% dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, 21% en Essonne, 19% dans le Val-d’Oise et même 15% dans les Yvelines !

Des élèves « redressés »

Est-ce à dire que 85% des jeunes habitants de Trappes, Mantes ou les Mureaux ne maîtrisent pas les connaissances et compétences de base du socle commun ? Non, puisque le contrôle continu permet de rattraper miraculeusement les choses.

Dans les territoires les plus défavorisés d’Ile-de-France, le taux de réussite au brevet, une fois l’ensemble des notes prises en compte, atteint ainsi les 83%. Cela représente un de bond de 60 points par rapport à la proportion d’élèves obtenant la moyenne aux épreuves ! Les élèves des banlieues favorisées, eux, ne sont redressés « que » de 38 points (90% de réussite au brevet pour 52% de réussite aux épreuves).

Et c’est ainsi que l’Education nationale, sans traiter au fond la question des inégalités scolaires au collège, parvient à produire chaque année un examen égalitaire. Abracadabra !

Gurvan Le Guellec

Gurvan Le Guellec
Source: http://www.nouvelobs.com/education/20181023.OBS4376/comment-on-redresse-les-copies-pour-booster-la-reussite-au-brevet-des-colleges.html?xtor=RSS-78
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