Voir
aussi :
L'histoire
du français Québécois (http://www.republiquelibre.org/cousture/FRANC.HTM)
Expressions
et parlure québécoises (http://www.republiquelibre.org/cousture/EXPRES.HTM)
Note
de Ph. Godé
L'article ci-dessous ne constitue pas une "vérité"
; il doit seulement permettre d'ouvrir un regard "différent"
sur la "langue française" telle qu'elle est parlée dans
les différentes parties du Monde.
Informations extraites du site
: http://www.geocities.com/pinokiopage/page1.htm
Bodo Muller, dans Le français d’aujourd’hui, affirme que « le français […] ne constitue que l’un des nombreux français. »
Il convient donc de débattre de la question à savoir s’il y a unité ou diversité de la langue ? Est-ce qu’il existe un français ou des français parlés dans le monde ? La question sera analysée par l’entremise de faits historiques et d’évolution de la langue sans oublier les variantes au sein de l’éparpillement géographique de la francophonie.
Historiquement, le français
parlé au Québec a fait l’objet de plusieurs questionnements, de travaux et de
débats. Voilà qu’après avoir perdu la bataille des Plaines, les Québécois mènent
toujours un combat en ce qui a trait à leur langue.
Suivant la conquête de
1759, pendant un demi-siècle, il n’y avait pas d’école et il y avait seulement
une grammaire : celle des Ursulines de Québec. Dominés par les Anglais au niveau
de l’industrialisation et de l’urbanisation, il n’était pas surprenant de voir
certains anglicismes se glisser dans la langue parlée des Québécois.
De plus,
le Québécois voulant intégrer une fonction dans les domaines de l’économie, du
commerce, de l’industrie et de la politique, doit apprendre l’anglais : de là,
le statut de langue inférieure.
C’est donc dans ces conditions hostiles que
le français a grandi. Il est vrai que le français parlé en France diffère de celui
parlé au Québec, mais il se démarque aussi de celui en Suisse ou celui de la Belgique.
Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison qu’avec des réalités différentes
est né le besoin d’adapter la langue pour mieux décrire ces réalités. Il y aussi
des mots qui ont survécu ici, que l’on croit être nôtres alors qu’ils proviennent
de France. Il en est de même pour les mots « endormitoire » ( sommeil ) et « abrier
» ( couvrir ) qui proviennent du normand. L’expression « chaud » ( ivre ) retrouvé
en Anjou, est également du nombre de mots qui perdurent à la fois ici et dans
certaines régions de France.
Il ne s’agit que de survivances de mots et non
pas de mots « québécois » comme on pourrait le penser. La même chose se produit
au niveau de la prononciation. Par exemple, le fait de prononcer le « t » à la
fin du mot « lit » ( litte ) n’est pas une excentricité du Québec, mais origine
de Touraine.
Afin de respecter ces différences, il est nécessaire d’appliquer
comme définition à l’expression français international « l’ensemble des façons
de parler français dans le monde à partir d’une langue commune . »
C’est affirmer par le fait même, qu’une façon de parler n’est pas une langue.
Ceci étant établi, est-il justifiable de dire, comme Bodo Muller l’a affirmé,
qu’il existe des langues françaises plutôt qu’une ? Il ne s’agit pas de parler
comme un Parisien pour parler français. Il n’est pas non plus exclusif à la France.
Le Québécois a toujours considéré le français de France comme un idéal, comme
la langue pure. On lui a toujours dit qu’il parlait mal, alors il a fini par le
croire. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il y a de « nombreuses variations du français
[ de ] France : on laisse croire aux Québécois que tous les Français parlent de
la même manière et tous très bien . »
Cette idée que le français des Québécois
est mal n’a fait qu’accroître le sentiment d’infériorité linguistique avec lequel
il était déjà confronté par son rapport avec la suprématie anglaise en son pays.
Dire des Québécois qu’ils parlent un patois est une affirmation sans fondement.
Arrive maintenant le Joual décrit comme « une crise d’adolescence après une enfance
malheureuse . » Pour ma part, je peux tout simplement dire que le Joual n’a rien
inventé, il a plutôt déformé des mots.
Le mot « joual » est issu de « cheval
», ce n’est donc pas un nouveau mot; c’est une prononciation molle. C’est aussi
une représentation de « l’ensemble des conditionnements de l’aliénation dont cette
langue n’est que le véhicule . » L’asservissement, l’aliénation et l’état de minorité
sont les causes de l’avènement du Joual pour décrier sa situation, pour se trouver
une identité propre.
La pureté est une question d’opinion : « ce qui choque l’oreille d’un Français paraît parfois si naturel à un Canadien . » Si la pureté est un tri de mots ayant pour seule mission d’embellir la langue ( dépouiller la langue de ses mots sales ), je ne crois pas qu’il soit justifié de le faire. En mon sens. une langue se doit d’être efficace et non pas belle. Raôul Duguay, dans un documentaire, se décrit comme un Québécois francophone et non pas un Français francophone « bien [qu’il] puisse très bien parler français, mais [ il n’ira pas se] mettre la bouche en cul-de-poule pour avoir l’air d’un Français . » Voilà qui réitère le fait qu’avoir un accent ne signifie pas qu’il s’agit d’une autre langue.
Je peux très bien visionner un film français
sans craindre de ne pas le comprendre par le fait de notre différence linguistique
( mineure ).
Tout au plus, quelques expressions m’échappent ou me font rire
parce que nous ne les utilisons pas ici. Pourquoi alors les Français ont recours
à une traduction, ont besoin de sous-titres, pour comprendre les productions québécoises
? Devons-nous les blâmer ?
Non, dirais-je, car c’est bien nous qui pendant
si longtemps s’est gardé d’exposer notre différence : cette honte, ce vulgaire
accent qu’on a considéré comme un signe d’infériorité. C’est nous qui les avons
privés d’accéder à cette différence par crainte d’être jugés et qui s’étonnons
ensuite de leur incompréhension !
Nos cousins auront besoin de temps pour
se faire une oreille à notre accent ! Par expérience, ils risquent peut-être de
ne jamais y parvenir puisque notre honte de cet accent nous pousse à l’amoindrir,
voire l’effacer, au profit de l’intercompréhension.
Encore une fois,
le Québécois s’adapte. Il l’a toujours fait en parlant l’anglais et il fera toujours
de même.
C’est à la fois une fierté de pouvoir le faire mais c’est aussi une
revendication. Étranges oppositions ici : on n’accepte pas que nos voisins ne
comprennent pas notre langue alors que nous sommes dans le même pays, mais nous
sommes les premiers à dire « I speak English as well ! »
Pourquoi s’efforceraient-ils
? Nous avons tellement bien adopté la mentalité américaine que devoir répéter
pour se faire comprendre est perçu comme une perte de temps, alors parlons leur
langue ! Par habitude au bilinguisme du Canada, j’ai été bien étonné de constater
que peu de lieux touristiques en France ont un affichage bilingue.
Si l’anglais
était présent, il l’était au même niveau que le portugais, l’italien, l’espagnol,
etc. Certains Français m’ont même avoué qu’ils ne parlaient pas l’anglais et j’ai
sursauté en disant « vous pouvez vivre, travailler avec seulement le français
comme langue ? »
Et oui ! Notre position géographique étant différente de celle de nos cousins, il est normal que ces choses divergent. Par ailleurs, je n’ai eu aucune difficulté à comprendre mon ami, mon « pote » français, pas plus celui de Paris que de Marseille, ou de la Suisse, qui ont pourtant tous des accents bien différents. La preuve étant que les accents ne constituent pas un critère de discernement qui empêche l’un de comprendre l’autre. Ainsi, si nous souhaitons faire des comparaisons entre notre langue et celle de France, il convient de le faire correctement. De sorte que nous ne devons pas comparer le Joual ( ou la langue populaire ) à la langue littéraire, la langue orale à la langue écrite. S’il est vrai que des différences apparaissent, cela n’empêche toutefois pas de nous comprendre. Pourquoi ? Parce que nous avons recours à un vocabulaire commun, puisque nous avons une langue commune.
Ici, les emprunts à l’anglais
se font dans la relation dominant-dominé. Plus souvent qu’autrement, les Québécois
n’adoptent pas bêtement des mots de la langue dominante. Ils francisent les mots
de sorte qu’ils puissent bien s’apparenter à notre langue.
Nous verrons des
mots anglais comme « scratch » ( égratigner ) devenir « scratcher » par une conjugaison
au premier groupe de notre grammaire française.
Pour ce qui est de cet emprunt,
on peut toutefois se demander s’il était nécessaire. De là surgit un problème
puisqu’il existait déjà un mot en français pour désigner cette réalité. Pour ce
qui est d’une expression comme « mettre la pédale douce » ( mettre une sourdine
), elle provient d’une traduction directe de l’anglais : « to soft pedal ».
L’emprunt
à l’anglais fait au Québec n’est pas le même que celui de la France. Au Québec,
on dit « un joueur de hockey », alors qu’en France on a créé « hockeyeur.» Lequel
est français ? Un autre exemple issu de la mode : Au Québec, nous portons un chandail,
en France ils enfilent un « pull ». Il en est de même pour traversier et fin de
semaine auxquels correspond en France : ferryboat, week-end.
Pourquoi refusent-ils
nos créations lexicales ? Peut-être parce que sur ce plan, le Québec est davantage
prudent. Par sa situation de minorité linguistique au cœur d’une Amérique anglaise,
nous sommes réticents quant à l’utilisation directe de mots anglais. « De plus,
les partisans d’un alignement inconditionnel sur Paris trouvent de plus en plus
leur position intenable : les dictionnaires français n’arrêtent pas de s’enrichir
de mots anglais, or le rejet des anglicismes fait clairement partie de la norme
du français au Québec . »
Les Québécois ne sont peut-être pas parfaits,
mais ils ne sont pas pires. Nous avons tendance à améliorer notre situation. Comme
par exemple, la francisation des termes techniques employés dans le monde de l’automobile
est une réalité aujourd’hui, alors qu’il y a à peine vingt ans, c’était l’anglais
qui était utilisé dans ce domaine. Selon moi, nulle autre personne n’est juge
que l’individu qui parle la langue.
Pour cette raison, la langue parlée ne
peut être codifiée : « vouloir imposer une seule façon de parler partout, c’est
comme si on voulait que tout le monde soit toujours habillé en toxedo et en robe
longue partout . »
En guise de conclusion, rappelons qu’une langue peut comporter plusieurs variantes et plusieurs prononciations, sans nuire au fait que chacune d’elle est issue d’une même origine. Par l’éparpillement géographique, il serait faux de dire qu’il existe un français québécois, suisse, belge, etc. Au sein même de la France, il y a des différences identifiables de Paris à Marseille, de La Rochelle à Strasbourg. Il reste qu’on ne dit pas aux Marseillais qu’ils parlent une autre langue que celui évoluant à Paris. Une certitude demeure : la langue écrite est sensiblement la même dans toute la francophonie. Voilà qui clos le débat amorcé par Muller en espérant qu’il y ait plus d’ouverture envers les peuples de la francophonie pour construire ensemble avec nos différences.